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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Possibilités (4) – Deux scénarios pour une Corée

Publié par Renaud Cadrot sur 6 Juillet 2017, 14:37pm

Catégories : #Possibilités

La Corée du Nord occupe régulièrement les titres de l’actualité internationale depuis le début de l’année 2017. Entre les tests de missiles, aussi indiscrets que provocants, et le cas Otto Warmbier, cet étudiant américain qui a passé un an dans un camp de travail nord-coréen pour avoir volé une affiche de propagande avant qu’il ne soit rendu à sa famille dans un état comateux (il est mort depuis), le pays de Kim Jong-Un n’a pas bonne presse, et ce dernier ne fait rien pour redorer son image. 64 ans après la fin de la guerre de Corée, Donald Trump a récemment affirmé qu’il voulait enfin régler le problème coréen, un peu comme chacun de ses prédécesseurs l’avaient annoncé avant lui. Face à la complexité du problème et au peu d’enthousiasme que soulève la possibilité d’une réunification que ce soit auprès de ses voisins directs, Corée du Sud en tête, que des États-Unis eux-mêmes, pronostiquer une issue prochaine au confinement Nord-coréen peu s’avérer hasardeux. Toutefois, puisque telle est la vocation des Possibilités, tâchons d’imaginer comment les deux Corée pourraient finir par se rapprocher dans les années à venir.

 

 

Exceptionnellement, j’ai choisi de proposer non pas un, mais deux scénarios à une réunification coréenne : l’un idéal et l’autre catastrophique. Bonne lecture.

 

 

Scénario 1 : Une réunification en douceur

 

  • Cause : Mort de Kim Jong-Un

  • Terme : 2053

  • Probabilité : 50 %

  • Possibilité :

 

 

C’est désormais officiel, à la date symbolique du 27 juillet 2053, les deux Corée ont entamé le processus de réunification de leur pays, très exactement un siècle après la fin de la guerre sanglante qui avait achevé de les diviser.

 

 

Déjà en 2045, quelques mois avant sa mort, Kim Jong-Un avait annoncé à la surprise générale qu’il serait le dernier leader de la dynastie des Kim, n’ayant aucune descendance apte selon lui à reprendre la tête du pays au terme de son existence. En effet, son unique enfant, Kim Ju-Ae, née en 2012, a fait le choix de renoncer à l’héritage paternel, préférant se consacrer pleinement à l’association qu’elle a créée dans le but d’aider les citoyens nord-coréens les plus nécessiteux. Pour de nombreux observateurs plus ou moins proches du pouvoir, Kim Ju-Ae est la principale raison qui a poussé son père à desserrer l’emprise sur son peuple et enfin admettre l’hypothèse d’une réunification en douceur.

 

 

Après 5 années d’études en Chine, puis en Europe, la fille de Kim Jong-Un a probablement compris à quel point sa patrie était en retard sur le reste du monde. Elle n’est ni la première, ni la dernière nord-coréenne à ouvrir les yeux sur la réalité de son pays natal, mais elle est clairement la seule en mesure de critiquer la politique de son père sans risquer la peine de mort. Ce dernier, en vieillissant, a souvent fermé les yeux sur les agissements d’une population qui a apprise à évoluer seule, tant elle a connu de dénuement et de sentiment d’abandon. Aujourd’hui il n’y a guère plus que Pyongyang qui incarne la dictature communiste à l’ancienne. Passé les portes de la ville, les nord-coréens sont à l’abri d’un pouvoir de moins en moins impérial à mesure que les moyens matériels, humains et économiques se réduisent. C’est tout un tas de petites sociétés autonomes qui s’organisent derrière les montagnes. Enfin, les lancer de missiles hasardeux qui ont bien failli déclencher une confrontation nucléaire avec le Japon à l’horizon 2020, quand l’un d’entre eux a explosé sur un ilôt nippon heureusement inhabité, ont dû complètement cesser après que tous les pays voisins, Chine comprise, ont drastiquement limité leurs échanges commerciaux avec l’état nord-coréen. Dès lors, Kim Jong-Un n’a eu d’autres choix que de faire profil bas et de limiter les dégâts le temps que la situation s’améliore.

 

 

Kim Jong-Un en 2045

 

 

C’est ainsi qu’en 2047, quelques semaines seulement après la mort de son leader, les premières élections du pays furent organisées non sans quelques derniers relents dictatoriaux (seule une poignée de candidats dont la liste fut validée par Kim Jong-Un avant sa mort purent se présenter aux élections). Fort heureusement, le peuple ne s’y est pas trompé en élisant le candidat aux idées les plus ouvertement démocratiques à 65 %, après un scrutin à un seul tour. Park Chul Hei devint le premier président de la république de Corée du Nord élu démocratiquement.

 

 

Dès le mois suivant, il entreprit de se rendre au Sud afin de rencontrer son homologue et de discuter d’une éventuelle réunification dans les années à venir. Bien que les deux peuples ne soient séparés que par une frontière absurde et qu’ils partagent une langue, une histoire et une culture communes, cent ans d’une complète et permanente séparation, renforcée par deux politiques diamétralement opposées ont créé un fossé là où il n’y avait à la base qu’une bête ligne de démarcation. La principale différence est économique puisqu’un sud-coréen est en moyenne 10 à 20 fois plus riche qu’un nord-coréen. Inclure soudainement 30 millions de personnes dans une économie qui n’y était pas préparée risquait de plomber aussi bien les finances de l’un que de l’autre.

 

 

C’est pourquoi il a d’abord été décidé que la Corée du Nord remette à flot son économie afin qu’elle rejoigne celle de sa sœur à terme. La lourde logistique que cela a entraîné a nécessité 5 années de recherches, de tests et de mise à jour du système nord-coréen, le processus n’étant officiellement lancé qu’à la date fatidique du 27 juillet 2053, il y a quelques jours donc. Heureusement, chaque pays a officiellement rappelé ses gardes frontière dès 2050 pour que les peuples des deux nations puissent enfin traverser la frontière sans que cela ne soit perçu comme une intrusion ou une désertion. Le 1er janvier de cette année restera comme l’un des événements heureux les plus marquants et symboliques depuis la chute du mur de Berlin. Les télévisions du monde entier, réunis sur toute la longueur de la désormais ex-frontière coréenne ont retransmis en direct les images bouleversantes de deux foules qui couraient l’une vers l’autre et s’étreignaient pour la première fois, quand parmi elles aucune personne n’était seulement enfant quand le pays s’est scindé.

 

 

"Arche de la Réunification" à Pyongyang

 

 

Le tourisme a explosé des deux côtés de la Corée. Une statistique avance le chiffre de 85 % de la population sud-coréenne et 70 % pour l’autre qui a franchi la frontière dans les trois années qui ont suivi pour découvrir l’autre côté. Un inévitable commerce s’est monté aux abords de la frontière, participant à enrichir une région qui ne connaissait que la frustration de la division depuis tant d’années. Des milliers de familles ont également fait la demande d’une double nationalité le temps que la réunification soit complète, la plupart de ses requêtes ayant pour but de s’installer d’un côté ou de l’autre, là où des ancêtres vivaient bien avant la scission. Quelques incidents isolés se produisirent, comme la dégradation des statues des leaders nord-coréens ou des bagarres entre sudistes et nordistes parmi les plus exaltés mais globalement les retrouvailles font naître davantage d’histoires rassurantes et constructives que franchement inquiétantes pour la suite du processus.

 

 

La Corée est enfin une seule et unique. Pour s’en convaincre il suffit de scruter les prochains mariages prévus dans les semaines qui viennent. Plus d’une centaine d’entre eux vont unir des couples mixtes (ex-nord et ex-sud) qui pour la plupart se sont rencontrés lors des trois premières années d’ouverture. Un journal publié à Séoul a également annoncé la première naissance issue de deux parents nés de chaque côté de la frontière. Le petit Tongil est née le 28 juillet 2053. Son prénom signifie « unification »…

 

 

Scénario 2 : Une réunification contrainte

 

  • Cause : Tentative de meurtre de Kim Jong-Un

  • Terme : 2030

  • Probabilité : 30 %

  • Possibilité :

 

 

« Ce n’était pas un choix entre la vie et la mort, c’était comme si on nous demandait seulement de quelle manière on préférait mourir ».

 

 

C’est en ces termes qu’un des réfugiés a résumé l’invraisemblable périple duquel il avait pourtant survécu. Je ne suis pas parvenue à le faire parler davantage, il me donnait le sentiment de finalement vouloir mourir plutôt que d’avoir à se souvenir de ce qu’il venait de traverser. Mon responsable de secteur m’a confié qu’il avait vraisemblablement perdu toute sa famille durant son terrible voyage. Et moi je n’ai qu’une couverture, un peu de nourriture et de soin à lui offrir…

 

 

Le camp de la réunification, comme les médias l’ont ironiquement surnommé, a déjà accueilli plus de 100000 déserteurs nord-coréens depuis trois semaines. C’est une véritable vague d’êtres humains, pour la plupart déshydratés, épuisés et désespérés qui s’abat sur la frontière qui séparait encore nos deux peuples il y a un mois. Aujourd’hui, toute la zone démilitarisée n’est qu’un amas de grillages éventrés, de murailles abattues et de corps piétinés sur toute sa longueur. Les militaires nord-coréens qui jusqu’alors ne faisaient que ponctuellement face à quelques fuyards indiscrets ont vu cette fois fondre sur eux une foule ininterrompue d’êtres humains déterminés à passer de force ou mourir là. L’essentiel des troupes a choisi de tirer dans le tas, plus par peur que par pur patriotisme, mais une fois la première ligne décimée, une autre arrivait juste derrière et les retranchait jusqu’aux abords de la frontière. C’est là que sont probablement entassés les cadavres les plus nombreux. Du moins parmi ceux qui ont fui.

 

 

La frontière coréenne depuis 1953

 

 

Car pour l’heure on ignore tout du bilan humain de la purge meurtrière qui s’est emparé du pouvoir depuis le 15 mars dernier. Quelques chiffres hasardeux font état de plus d’un million de morts mais il y a sans doute une volonté de se représenter l’ampleur du carnage dans cette statistique aussi démesurée que symbolique.

 

 

Les seules informations dont on dispose sont les milliers de témoignages aussi glaçants les uns que les autres des survivants qui passent par notre camp. Pas un seul journaliste ou diplomate ne se risquerait à traverser la frontière pour voir ce qui s’y passe réellement de l’autre côté. Et quand bien même les états du monde entier se sont officiellement émus de la situation, aucun gouvernement autre que celui de Corée du Sud n’a, pour l’heure, envoyé le moindre renfort militaire au-delà des terres sud-coréennes.

 

 

Peut-être que rien de tout ça ne serait arrivé si le coup d’état fomenté par quelques rebelles de l’armée nord-coréenne n’avait pas échoué au début de l’année. De sources concordantes, Kim Jong-Un aurait dû mourir ce jour-là. Seul un concours de circonstances ou, qui sait, l’instinct de survie du leader l’ont poussé à ne pas se rendre dans l’usine qu’il devait visiter et qui a fini par exploser sans lui ni sa cohorte de fidèles. Il semblerait que les traîtres aient été rapidement identifiés et fusillés le lendemain même. Cela ne suffit pas à calmer la colère et la paranoïa galopante de Kim Jong-Un puisqu’il ne tarda pas à déployer des centaines de soldats dans tout Pyongyang pour s’assurer qu’aucune autre rébellion ne se cachait au cœur d’une population sage et disciplinée.

 

 

Pourtant une centaine d’exécutions sommaires succédèrent aux premières sans qu’aucune preuve tangible d’un quelconque attentat à venir n’ait été mis à jour. Selon de nombreux ex-habitant de Pyongyang, des familles entières furent décimées par la seule suspicion de quelques soldats. Bientôt fut instauré un couvre-feu abusif où chaque habitant fut contraint de rester cloîtrer chez lui le temps qu’on trouve tous les coupables du putsch manqué. Bien sûr, la population totale pouvait bien mourir avant que Kim Jong -Un commença à se sentir plus en sécurité. Très vite, les rues de la capitale ne furent empruntées que par des véhicules blindés et des troupes en rangs serrés. Parfois, une petite foule de personnes étaient évacué d’un immeuble puis disposé en ligne avant qu’on tire à chacun une balle au coin d’une impasse isolée.

 

 

C’est dans les jours qui ont suivis que les premières tentatives de fuites furent décidées. Il serait présomptueux de croire que les nord-coréen ne sont que de vulgaires pantins que leur leader meut à sa guise. Comme n’importe quels autres êtres humains, ils demeurent sensibles au danger, même lorsqu’il émane de la figure la plus rassurante et paternelle qu’ils connaissent. Et même si la confiance persiste, comment ne pas ressentir l’imminence du péril quand pas un être alentour n’est soudain à l’abri de la violence et du deuil ?

 

 

Il est probable que Kim Jong-Un, à force de ne vivre que dans l’obsession de lui-même, au centre d’un pays qui lui est tout entier dévoué et qui ne s’enchante qu’au récit de ses exploits, ait fini par basculer dans l’excès opposé où la soudaine prise de conscience que même parmi ses plus proches collaborateurs ils y en aient qui veuille sa tête, lui ont fait craindre que tout son peuple trop enjoué ne souhaite en réalité que sa mort prochaine. À l’instant même, si le chiffre du million d’exécutés est une statistique véritable, il est évident qu’une fois tout le bas peuple assassiné, il entamera le même processus à l’échelon supérieur jusqu’à ce qu’il subsiste seul mais indemne au sommet d’une montagne de cadavres.

 

 

Pour l’heure, un flot toujours ininterrompu de nord-coréen continue de franchir la frontière à bout de souffle, comme s’ils se sentaient tous poursuivis par la certitude de la mort. Certains mêmes repartent aussitôt, sans même avoir passé une seule nuit dans le camp pour être certain de mettre une distance suffisante entre eux et folie meurtrière qui habite désormais tout le pouvoir étatique. Il n’est de toute manière pas à exclure que conscient de l’exode d’une vaste partie de sa population, Kim Jong-Un ordonne l’envoi de missiles tous azimuts dans l’espoir de toucher quelques autres potentiels traîtres déserteurs. Les gouvernements du monde entier se rongent les sangs et gardent un regard nerveux sur la suite des événements. Les premiers navires militaires ont jeté leurs ancres dans les eaux alentour et des procédures de contre-offensive nucléaires qui prenaient la poussière depuis la fin de l’empire soviétique se sont remise en route non sans difficultés.

 

 

Ce qui me réconforte c’est de constater que des survivants continuent d’apparaître à l’horizon, car ceux-là sont bien vivants et échappent à la statistique finale qui nous attend. Car quand dans un avenir proche il nous faudra passer la frontière dans l’autre sens pour comptabiliser tous les morts, il est déjà acquis que nous ferons face à la plus grande tuerie de masse du XXIème siècle : pas celle d’une minorité, d’une catégorie ou d’un ennemi invisible, mais tout simplement d’un peuple entier, sans autre distinction que celle de ne pas être Kim Jong-Un…

Possibilités (4) – Deux scénarios pour une Corée

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Aurelle Piras 07/07/2017 08:48

La premiere me semble plus irrraliste sur plusieurs points (selon un point de vue psychosocial et criminologique, a debelopper).
La seconde est plus dans la ligne du possible malheureusement........

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