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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Fragments (5) – L'île Tromelin, patrimoine dérisoire

Publié par Renaud Cadrot sur 12 Juin 2017, 13:07pm

Catégories : #Fragments

La France possède le deuxième domaine maritime international, juste derrière les États-unis et bien devant l’Australie. Au regard des côtes de l’Hexagone par rapport à celles des deux états continents, on pourrait se demander comment une telle chose est possible. Dans le droit maritime, il est dit que chaque état peut jouir des ressources de toute sa bande côtière jusqu’à une certaine distance en mer. Ce qu’on appelle Zone Économique Exclusive (ZEE) est la surface qui s’étend d’un littoral à 200 miles marins (soit 370 km environ). Étant donné le nombre de territoires d’outre-mer sous souveraineté française, dont la majorité sont en plus des îles, on comprend mieux pourquoi la France se positionne aussi haut dans le classement susnommé.

 

 

Toutes ses possessions, héritage de son riche passé colonial, démultiplient la surface d’exploitation maritime française d’une part, mais permettent également une pêche extrêmement diversifiée, les territoires se trouvant dans tous les océans du monde (à l’exception notable de l’océan Arctique). On est aussi bien considéré comme citoyen français sur l’île de la Réunion, au milieu de l’océan Indien, qu’en Guyane Française sur le bord du continent sud-américain, ou en Nouvelle Calédonie, dans l’anonymat Pacifique, à quelque 22000 km de Paris.

 

Carte des territoires d'outre mer français (cliquez ici pour agrandir)

 

Hormis les îles les plus connus des départements et collectivités d’outre-mer, destinations privilégiées de la population métropolitaine, on trouve aussi quelques bouts de terres méconnus. L’île Tromelin, dans l’océan Indien, plate-forme d’à peine 1 km², recouverte principalement de sable et d’arbustes, surtout dépourvue d’habitants et même de faune, est l’un d’entre eux. Et malgré son caractère dérisoire, il est au centre d’un débat qui dure depuis des décennies.

 

Île Tromelin vue du ciel

 

Selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, est considéré comme une île «une étendue naturelle de terre entourée d'eau qui reste découverte à marée haute ». Cette définition claire permet de faire la distinction entre les milliers d’îlots qui peuplent les océans, impropres à l’activité humaine, et les terres plus vastes. Surtout, une île considérée comme telle est soumise à la réglementation maritime internationale, ce qui lui octroie une ZEE, de la même manière qu’un pays. Cela signifie que même un terrain aride et sans vie comme l’île Tromelin dispose d’une zone de pêche de 280000 km² dont peut allègrement profiter l’état et les entreprises françaises.

 

 

L’île Maurice, indépendante depuis 1968 et proche voisine de l’île Tromelin, revendique cette zone depuis 1976. En effet, seulement distante de quelques centaines de kilomètres, l’île Maurice est le plus proche état souverain avec Madagascar. Surtout, les autorités mauriciennes estiment que Tromelin leur revient de droit, s’appuyant sur le Traité de Paris de 1814 signé entre la France et le Royaume-Uni pour officialiser la cession de l’île Maurice et de ses dépendances du premier au second. Le traité ne citant pas explicitement l’île Tromelin, la France continue d’en revendiquer la propriété quand la version anglaise laisse place au doute sur la question.

 

 

Après des années de pourparler, la France et l’île Maurice parviennent toutefois à un accord de cogestion, signé en 2010. D’abord adopté par le sénat en 2012, le texte est rejeté par une partie des députés lors de son passage à l’assemblée nationale. L’accord reste en suspens jusqu’au début de cette année 2017. Alors qu’on parle de soumettre de nouveau le texte au vote de l’assemblée, plusieurs représentants politiques s’émeuvent qu’on « brade la souveraineté française », dans les médias. Le 18 janvier 2017, le vote est retiré de l’ordre du jour et aucune nouvelle date n’a été proposé depuis.

 

 

L’île Tromelin, possédée par l’état français depuis une époque où l’Occident plantait des drapeaux sur le moindre bout de terre où accostaient ses riches navires, sans même que qui que ce soit ne puisse seulement leur livrer bataille, est toujours considéré comme une extension de la métropole française par la seule officialisation boiteuse d’un traité vieux de deux siècles.

 

 

Ce coin de terre reculé, se rappelle à la mémoire de la même frange conservatrice de la politique française qui fait la sourde oreille quand les populations d’outre mer réclament une aide légitime à l’état central. Parler de souveraineté ou de sauvegarde du patrimoine est de toute manière un non-sens à propos d’un bout de terrain vide de tout et qui n’est occupé qu’au-delà de ses côtes pour sa profusion poissonnière.

 

 

Tromelin comme les centaines d’autres îlots similaires qui peuplent les océans servent encore trop souvent de prétextes d’empiétement abusif sur les ressources de nations trop faibles pour se défendre, de la part des nations les plus puissantes.

 

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