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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Fragment (6) - Le Skateistan

Publié par Renaud Cadrot sur 1 Juillet 2017, 14:43pm

Catégories : #Fragments

À distance occidentale, l’Afghanistan ressemble à un cauchemar permanent où la pauvreté, la violence et l’extrémisme religieux ne laissent que peu de place à l’espoir pour sa population. La société américaine spécialisée dans l’analyse de risques, Verisk Maplecroft, dresse chaque année une liste des pays les plus dangereux du monde. Le classement attribue une note allant de 0 à 10, le risque étant considéré comme important à mesure que la note descend. En 2016, l’Afghanistan était dernier du classement avec une note de 0,71…

 

 

Le pays est particulièrement touché par le terrorisme puisqu’une étude révèle que sur les 32000 victimes d’attentats dans le monde en 2014, 4505 étaient afghanes (troisième pays ayant connu le plus d’attaques terroristes cette année-là derrière l’Irak et le Pakistan). Quinze années d’un vain conflit entre talibans et forces de l’Otan, auront participé à ensanglanter plus encore la nation dont la majeure partie de la population n’a jamais vraiment connu de paix effective. L’important trafic d’héroïne et la pauvreté impactent aussi lourdement sur la mortalité des civils afghans. Rien d’étonnant à ce que ce pays ne soit visité que par 13000 touristes chaque année, ce qui n’enrichit en rien un peuple affamé et craintif, alors qu’il dort sur un trésor de paysages et de patrimoines sous-estimés.

 

 

Quelques exemples de paysages afghans

 

 

Heureusement l’espoir est pareil à une herbe folle, il pousse même aux endroits les plus arides et malmenés, même fragile, hésitant et maintes fois contrarié. Sa force réside dans les milliards de formes dans lequel il est capable de se manifester, tantôt par un soulèvement populaire, tantôt par le courage d’un leader charismatique, puis parfois aussi, comme ici, sous la forme d’un skateboard.

 

 

En 2007, un jeune skateur australien, Oliver Percovich, arrive à Kaboul avec quelques planches sous le bras, en qualité de simple touriste. Le skate restant une activité marginale, voire inconnue, dans de nombreuses régions du monde, les allés et venus d’Oliver attirèrent rapidement une petite foule de curieux, parmi lesquels beaucoup de jeunes. Assez naturellement, l’homme proposa d’initier ceux qui le souhaitaient à la pratique du skateboard, avec succès. Conscient du caractère fédérateur de son art, du manque d’activités pour les plus jeunes dans la ville et de la forte volonté d’apprendre qui émanait de ces jeunes, Oliver prit la décision de rester plus longtemps que prévu et d’investir de son temps et de sa personne pour une cause qui dépassait le simple cadre du skateboard.

 

 

Oliver Percovich

 

 

Seulement deux ans plus tard, ce qui s’appelle désormais Skateistan, est officiellement reconnu comme ONG, toujours sous la houlette d’Oliver, au cœur de la ville de Kaboul où tout a commencé. Entre-temps, se sont montés le premier skatepark du pays, un mur d’escalade, un terrain de basket-ball et plusieurs salles de classe. Sur la base de simples échanges entre un passionné et une foule d’enfants désireux d’apprendre, est né une structure qui aujourd’hui encore accueille des enfants afghans de 5 à 18 ans, tous sexes et ethnies confondus. Elle a permis d’instruire des centaines d’élèves, dont la moitié travaillait jusqu’alors dans les rues.

 

 

L’association est aussi un formidable outil d’émancipation pour les jeunes filles afghanes (elles représentent 40 % des effectifs). Dans un pays où l’égalité homme-femme est loin d’être une évidence et où la pratique du sport féminin est sévèrement dénigrée, la planche à roulette incarne une forme fœtale de libération pour toutes les jeunes élèves, d’autant que le vélo leur est toujours formellement interdit. Ces filles voilées roulant fièrement sur le bitume ont fait l’objet d’une exposition à Londres, grâce au travail de la photographe Jessica Fulford-Dubson qui est allé à leur rencontre en 2014. La série de photographies a eu un tel succès qu’elle remporta le prestigieux prix Taylor Wessing devant 4200 autres candidats. (voir quelques-unes des photos en question ci-dessous)

 

 

 

 

L’ONG obtint une notoriété suffisante pour que naissent d’autres antennes partout où des milliers d’enfants ne connaissent aucune issue favorable à leur pauvreté. En Afrique du Sud et au Cambodge, le skate devient vecteur d’ éducation et d’émancipation. Dans ce dernier pays, la dizaine de salarié accueillent chaque semaine entre 150 et 200 enfants pour deux heures de skate, d’activités artistiques ou des cours. Benjamin Pecqueur, skateur français et salarié de Skateistan Cambodge, définit ainsi le rôle de l’association : « Notre but n’est pas de créer des professionnels du skateboard... Il s'agit juste de se servir de la planche à roulettes pour attirer ces gamins, les orienter, et essayer de leur donner un meilleur futur. On veut simplement éviter qu’ils ne traînent dans la rue et ne sniffent de la colle. »

 

 

Skateistan au Cambodge...
... et en Afrique du Sud

 

 

Actuellement, l’ONG poursuit sa mission dans les structures déjà existantes et cherche à exporter sa méthode dans d’autres pays où elle saurait se rendre utile tant les enfants pauvres, déscolarisés et désespérés ne manquent pas… Si la démarche du Skateistan vous intéresse, sachez qu’il est possible d’en apprendre davantage sur son histoire, son programme et ses missions sur son site officiel. La plate-forme propose également aux visiteurs de faire un don unique ou ponctuel afin de participer au financement des structures à venir. Pour ce faire, rendez-vous sur le lien suivant : https://www.skateistan.org/

Fragment (6) - Le Skateistan
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