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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Science-fiction (3) – Des limites au progrès

Publié par Renaud Cadrot sur 15 Mai 2017, 12:02pm

Catégories : #Science-fiction

Science-fiction (3) – Des limites au progrès

Contexte : En septembre 2008, est mis en fonction l’accélérateur de particules LHC (Large Hadron Collider) sur la frontière franco-suisse, en périphérie de Genève. En plus d’être le plus grand dispositif expérimental jamais construit, il est également considéré comme la technologie la plus complexe conçut dans toute l’histoire.

 

 

Depuis toujours l’Homme développe des techniques avec pour principale vocation d’améliorer ses conditions de vie. Qu’il s’agisse d’outils rudimentaires sculptés dans la pierre à l’aube de son existence où des dernières innovations technologiques les plus complexes, l’objectif est toujours le même : faire avancer l’humanité vers toujours plus de connaissances, de compétences et de confort. Et il semble si naturel pour l’intelligence humaine de renouveler ses idées et son éventail technique qu’on croirait la voie du progrès à jamais ouverte à de nouvelles possibilités. N’existe-t-il donc rien pour freiner nos ambitions ?

 

 

À la base de tout progrès il y a l’idée, l’inspiration initiale née de l’esprit des milliers, voire des millions d’êtres humains qui s’activent sur la surface de la planète depuis 10 millions d’années. Il aura fallu qu’un premier homme se demande comment reproduire les flammes provoquées par la foudre, qu’un autre s’interroge sur la possibilité de faire pousser sa propre nourriture ou encore qu’un contemporain imagine un moyen de retranscrire ce qu’il pense sous forme de symboles pour que l’humanité tout entière en bénéficie jusqu’à aujourd’hui.

 

 

L’élan du progrès

 

 

Au regard de l’évolution humaine, on peut facilement constater que les innovations techniques se multipliant, la population mondiale accroît en parallèle. Il existe une corrélation évidente entre progrès technique et développement humain. De plus, le rythme auquel apparaissent les innovations s’accélère à mesure que l’on déplace le curseur du temps sur la frise chronologique. En -400000, l’Homme domestique le feu. Il faut attendre 340000 ans pour qu’il commence à communiquer verbalement, puis encore 50000 pour qu’il maîtrise l’agriculture. En l’espace de 7000 ans, il domestique des animaux, développe ses premières formes d’écriture, dessine sur les murs et invente la roue. Arrivé à l’an 0 de notre ère, il a déjà vu naître et mourir des civilisations et des cités entières, a édifié des monuments qui, pour certains, tiennent encore debout à ce jour, a conceptualisé la démocratie, la guerre, les mathématiques, la philosophie,…

 

 

Il faudra tout de même attendre le XVIIIème siècle pour que l’humanité fasse un bond démographique sur la courbe de la population mondiale avec l’émergence de la machine à vapeur, puis des usines, de la production de masse, du chemin de fer et des transports modernes. La population mondiale qui stagnait autour des 500 millions d’âmes atteignit dans les 250 années suivantes les 7,5 milliards d’êtres humains que nous sommes actuellement (voir graphique ci-dessous). Le progrès a lui aussi poursuivi son rythme frénétique à la suite de la révolution industrielle puisque les inventions et les découvertes scientifiques majeures se sont démultipliés jusqu’à ce jour.

 

 

On pourrait se demander si l’intelligence humaine n’a pas imaginé tous les concepts possibles à force d’innovations développées mais ni le nombre des brevets déposés ni celui des publications scientifiques ne déclinent ces dernières années. Des projets de grande ampleur sont même en cours d’élaboration ou en phase de test et devraient encore élever le niveau de vie de l’humanité entière dans les décennies à venir. Le XXIème siècle sera peut-être même le théâtre d’une nouvelle révolution industrielle entre mainmise numérique et avènement de la robotique !

 

 

Nos sociétés presque unanimement capitalistes sont de toute manière dans l’obligation de financer l’innovation technologique. Le progrès reste le principal moteur d’une économie qui réclame son lot quotidien de nouveauté à mettre en vente. Du coup, le progrès n’avance pas toujours dans le sens de l’utilité générale ; il tend plutôt vers la quête de profits rapides, en témoigne l’obsolescence volontaire de certains biens de consommation et le renouvellement répété des gammes de produits technologiques qui ne proposent que des innovations mineures et négligeables aux clients. Quand dans le même temps une frange de plus en plus importante de la population réclame moins de gâchis et plus de conscience écologique, cette course au progrès superficiel doit céder sa place à une forme de progrès qui profite à tous tout en préservant la planète. C’est justement ce dernier point qui risque de contraindre la course à l’innovation.

 

 

Les murs qui se dressent

 

 

L’idée de progrès n’existe plus sans la préservation du bien-être de la population humaine. C’est pourquoi un progrès qui implique de puiser dans les ressources non renouvelables de la planète en quantité déraisonnée, au détriment de la biosphère et de la qualité de vie de millions de personnes sur Terre, apparaît plutôt comme une dérive qu’un bienfait. Lors d’une précédente chronique sur les terres rares, nous avions pointé du doigt l’absurdité de développer des technologies nécessitant l’utilisation de minerais non renouvelables pour en remplacer d’autres tout aussi coûteuses en matières premières comme les éoliennes pleines de néodymes, ressource très limitée et difficile à extraire des sous-sols. Il faut apprendre à progresser tout en amoindrissant notre impact sur l’environnement, progresser en diminuant notre besoin en ressources épuisables et maximisant celles renouvelables, progresser ensemble, et non plus pour une minorité richissime au détriment d’une majorité délaissée.

 

 

Mais quand bien même l’humanité parviendrait à grandir avec responsabilité, d’autres défis vont se dresser sur son trajet.

 

 

Les technologies ont tendance à se complexifier au fil des années. Il n’y a qu’à voir nos voitures modernes pour s’en persuader ; il devient de plus en plus difficile de réparer soi-même une panne même bénigne tant l’électronique et ses constituants microscopiques ont envahi les moteurs des automobiles. Un autre exemple est le LHC en Suisse, l’accélérateur de particules le plus grand au monde. Il s’articule dans un disque souterrain de 27 km de circonférence sous la frontière franco-suisse où sont chaque jour propulsés des milliers d’atomes qui se percutent entre eux. Quatre sites stratégiquement disposés autour de l’anneau recueillent les données de ses collisions pour les étudier grâce à des aimants géants d’une telle sophistication technique qu’on considère l’installation entière comme la plus complexe conçue par l’Homme dans son histoire. « Aucun cerveau humain isolé n’est capable de la comprendre dans sa globalité » estime F.Bordy, chef du département technologie du LHC1. Des milliers de personnes sont engagés dans le projet depuis son élaboration et si une seule d’entre elles avait été défaillante, l’édifice entier aurait pu s’écrouler au moment de sortir de terre.

Les normes toujours plus contraignantes qui viennent s’ajouter à chaque tentative d’innover, compliquent encore davantage la réalisation de tout projet digne de faire progresser l’espèce humaine. Il serait impossible à l’heure actuelle d’envoyer des hommes dans l’espace avec l’équipement qui a permis à la mission Apollo 11 d’atterrir sur la Lune en 1969. Non pas que les capsules spatiales soient désormais inaptes à faire leur travail de l’époque, mais les exigences de sécurité sont devenues à ce point strictes qu’aucun homme ne prendrait le risque d’envoyer une équipe dans l’espace par ce moyen.

 

 

Développer une technologie complexe implique de ce fait un grand nombre de scientifiques, de techniciens, de logisticiens dont les compétences doivent être à la pointe et qui devront s’organiser et orchestrer leur contribution. Entre les phases d’étude, de test, de conception, de financement, il n’est pas impossible qu’une autre technologie fasse son apparition entre-temps, qu’une ou plusieurs personnes abandonnent le navire en cours de route, qu’une série de problèmes augmente considérablement le budget au point que plus personne ne veuille y risquer son argent,… Tous les jours des projets pourtant prometteurs sont abandonnés pour des raisons autres que le projet lui-même et prennent la poussière sur un coin de table dans l’attente d’un financement ou d’une autorisation de construction.

 

 

Le progrès enfin n’a pas toujours bonne presse. Parfois pour de bonnes raisons comme lorsqu’il s’agit de vendre plutôt que d’améliorer, mais aussi souvent par crainte de la nouveauté, ou parce que l’endroit choisi pour implanter un laboratoire, un site scientifique ou une centrale d’un nouveau genre implique de chasser ceux qui s’y trouvent. Le plus bel édifice humain recouvre parfois des terrains et des souvenirs de personnes qui, sans être hostiles à l’innovation n’en demeurent pas moins sensibles à leur patrimoine. De plus, on ne pourra pas reprocher à des gens venus s’installer pour la beauté d’un paysage de s’offusquer de la prochaine élévation d’un horizon fait d’éoliennes.

 

 

On le voit, le progrès ne se passe pas sans difficultés, des milliards d’idées circulent à tout instant sur chaque bout de terre où un être humain se questionne. La plupart en resteront à ce stade. Toutes les autres se confronteront à plusieurs murs, plus ou moins franchissables. Le progrès n’est pas une autoroute qui s’élargit à mesure que l’humanité gagne en vitesse. Si l’Homme avance bel et bien à vive allure, il emprunte plutôt un chemin de plus en plus étroit et tortueux. Il s’agira de ne pas finir dans le fossé…

 

 

 

1 Science et Vie n°1147, avril 2013

 

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