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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Fragments (4) – Banksy, le vandale devenu roi

Publié par Renaud Cadrot sur 22 Mai 2017, 15:25pm

Catégories : #Fragments

Banksy n’aime pas les murs blancs, les rues proprettes aux résidences toutes pareilles, habitées par des gens sages eux-mêmes trop propres sur eux pour être vrai. Pour lui, chaque muret immaculé est un appel au crime, à plus forte raison s’il est accompagné d’un panneau signalant qu’il est interdit de le dégrader. Banksy ne le dégradera pas, il le sublimera.

 

 

Personne ne sait qui est Banksy, c’est l’un des secrets les mieux gardés du monde de l’art. Ce pourrait être un parfait inconnu originaire de Bristol, la ville où il a commencé à sévir au début du siècle, mais aussi le chanteur du groupe Massive Attack comme en a déduit un blogueur écossais après une enquête personnelle, ou encore une femme pour qui le machisme ordinaire serait la meilleure de couverture. En 2016, des scientifiques de l’université londonienne Queen Marie se sont même inspirés des méthodes de profilage utilisées par la police pour tenter de découvrir l’identité de l’artiste, sans vraiment y parvenir.

 

 

 

 

Cet anonymat est pourtant à la fois la plus belle œuvre de son auteur et l’assurance de sa liberté d’expression et de création. Banksy est un artiste graffeur qui utilise principalement la technique du pochoir pour s’exprimer à l’ombre des rues de Manchester ou de Londres. L’avantage du pochoir est qu’il peut être conçu à l’abri des regards avant d’être plaqué contre un mur quelconque et bombé en l’espace de quelques brèves secondes. L’art de Banksy est bien évidemment très mal perçu dans les lieux où il sévit et ses œuvres sont le plus souvent voués à disparaître rapidement, donnant une quantité de travail non négligeable aux agents de ville désignés pour les effacer.

 

 

 

 

Banksy considère le graffiti non pas seulement comme un art engagé mais surtout comme une réponse légitime aux marques et slogans géants que les entreprises imposent aux gens, plaqués par milliers sur toutes les façades un tant soit peu lisses dont abondent naturellement les villes. « Même si vous devez vous faufiler dans la nuit et mentir à votre mère, c'est l'une des formes d'art les plus honnêtes. Il n'y a ni élitisme ni battage publicitaire, il s'expose sur les meilleurs murs qu'une ville puisse offrir et personne n'est dissuadé par le prix de l'entrée. » déclare t-il en prologue de son premier art book Wall and Piece sortie en 2011 (Guerre et Spray en français).

 

 

La patte de Banksy est facilement reconnaissable, il use d’un style vif et nerveux, le plus souvent en noir et blanc, maniant discours politique et humour insolent. Les exemples qui suivent parlent d’eux-même.

 

 

 

 

Banksy s’affranchit des contraintes, des démarcations et des interdictions pour exposer ses œuvres. Il joue même très souvent avec les supports divers que seules les villes peuvent lui offrir. Il dit que les gens regardent une toile en admirant le coup de pinceaux et qu’ils regardent un graffiti en admirant le tuyau d’évacuation utilisé pour y accéder.

 

 

L’artiste ne se limite pas aux seules rues pourtant nombreuses des grandes cités anglaises. Il s’est également illustré en plaçant des œuvres factices parmi les toiles exposés dans les grands musées new-yorkais, londoniens ou parisiens, il achète des centaines de copies du premier disque de Paris Hilton, fait remixer les morceaux par le DJ Danger Mouse, arrange la jaquette à sa sauce, puis les réintroduit parmi les autres CD en rayon, il peint une inscription géante dans l’enclos des manchots du zoo de Londres « We’re bored of fish ! » (« On en a assez du poisson ! »), fait circuler de faux billets à effigie de la princesse Diana,... Banksy se faufile n’importe où, se joue des caméras, des gardiens et des dispositifs de sécurité et son anonymat lui assure une relative tranquillité tout en entourant son personnage de mystère et d’une stature héroïque.

 

 

 

 

En juillet 2005, il se rend en Cisjordanie avec une petite équipe pour graffer sur le mur qui sépare les colonies d’Israël des terres palestiniennes. Le défi est de taille puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de dessiner sur un mur gardé de jour comme de nuit par de nombreux militaires, armés plus que de raison. Cette fois, Banksy doit opérer en plein jour sous le regard hésitant des gardes et la relative indifférence des passants. La lumière diurne devient sa principale protection, malgré les fusils braqués sur lui et ses complices et les tentatives d’intimidations répétés des gardiens. Qui oserait tirer sur un touriste venu peindre des paysages sur un mur dont l’édification fut unanimement condamnée par la communauté internationale ? Est-il interdit de dégrader un mur lui-même illégal ?

 

 

 

 

Alors qu’il achevait l’une de ses œuvres les plus marquantes de la série sur une façade du mur à Bethléem, un viel homme palestinien l’interpella et lui dit qu’il embellissait le mur. Banksy le remercia mais l’homme ajouta « On n’a pas envie qu’il soit beau, on le hait ce mur. Rentrez chez vous ! ». L’œuvre en question représentait en trompe l’œil un trou béant dans le mur laissant apparaître une plage paradisiaque. Là est peut-être la limite du pouvoir de l’art, quand l’observateur continue de voir le mur derrière le dessin, la réalité froide et implacable que nul dessin, même réaliste, ne saurait abattre.

 

 

Douze ans après, le mythe Banksy perdure. Il a sorti un faux documentaire « Faites le mur », a créé un faux parc d’attractions, « Dismaland », version sinistre du célèbre parc américain, il continue de recouvrir des milliers de murs de son art ironique et désabusé que les municipalités recouvrent parfois de blanc, quand un malin ne rachète pas le mur pour le revendre au plus offrant.

 

 

Le principal problème aujourd’hui pour Banksy c’est qu’en passant de graffeur vandale à artiste accompli et reconnu, ses graffitis sont désormais plutôt considérés comme des œuvres monnayables que comme affronts jetés au regard de la société passante. Banksy considère que pour être entendu il faut prendre la parole de force et l’afficher en lettres magistrales et dégoulinantes sur les murs, mais perçoit-on encore le message sous la marque qu’il est lui-même devenu contre son gré ?

 

 

 

 

En bonus, les conseils de Banksy pour peindre au pochoir.

 

 

 

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