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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Fragments (3) - Figures bibliques et pareidolie

Publié par Renaud Cadrot sur 18 Mai 2017, 14:58pm

Catégories : #Fragments

Il existe dans la nature des phénomènes parfaitement insignifiants qui n’alertent que la conscience humaine. Quand par exemple, un glissement de terrain dénude le flanc d’une colline dans l’anonymat de la province colombienne, la faune s’agite un peu des remous provoqués puis fini par contourner l’endroit sinistré, ne lui prêtant plus guère la moindre attention. L’humain lui s’interroge. Il se demande ce qui a provoqué un tel incident, étudie le terrain, le contrôle par endroits jusqu’à trouver l’origine de l’éboulement. D’autres vont encore plus loin.

 

 

Parfois, par un hasard moins heureux qu’il n’y paraît, la terre arrachée laisse derrière elle une trace insolite. Une forme familière que l’on pourrait presque interpréter avec un poil d’imagination. C’est ce qui est arrivé il y a deux ans dans le paisible village de San Francisco, dans le sud de la Colombie, où un effondrement de terrain fit apparaître ce que de nombreux riverains ont reconnu comme la figure du Christ.

 

 

C’est ainsi qu’au jour du 22 mars 2015, des centaines de pèlerins et de curieux, alertés par les réseaux sociaux, vinrent admirer l’esquisse d’un visage que les sillons de la terre et les racines apparentes avaient dessiné malgré elles. Les autorités locales durent même intervenir pour contrôler l’afflux soudain de visiteurs sur ce coin de terre reculé qui, jusqu’alors, n’intéressait que son propriétaire. Ce dernier, d’ailleurs, ayant flairé l’aubaine de se faire de l’argent pour compenser la perte d’une partie de son terrain, décida de faire payer l’accès au point de vue donnant sur le supposé visage de Jésus.

 

 

 

Si on observe la photo prise par un journaliste local, on constate que l’on peut facilement distinguer un faciès mais que celui-ci est bien trop imprécis pour qu’on y reconnaisse avec certitude la face du Christ. D’autant que les milliers de toiles, fresques, vitraux, mosaïques, sculptures, qui représentent le fils de Dieu depuis 2000 ans et de par le monde lui prêtent des traits différents les uns par rapport aux autres. Seuls la barbe, les cheveux longs et le regard bienveillant sont repris dans chaque œuvre, caractéristiques finalement assez commune à la population masculine humaine.

 

 

Pourtant le Christ apparaît assez régulièrement aux yeux de nombreux observateurs, persuadés d’y voir d’une part la preuve incontestable de son existence, mais aussi un signe énigmatique lancé à l’humanité. C’est ainsi que ces dernières années une presse incrédule a rapporté les centaines de cas d’apparitions insolites du Christ : sur un arbre en Russie, au fond d’un cendrier en Australie, sur un toast grillé, une radio dentaire, un Kit-Kat et même l’anus d’un chien… D’autres figures bibliques sont également repérées à différents endroits tout aussi invraisemblables comme cette fois où la silhouette de la vierge s’est subitement manifestée sur une baie vitrée en Floride.

 

 

 

 

 

Au quotidien, nous faisons tous l’expérience de ce qu’on appelle la paréidolie. Il s’agit de la faculté tout humaine de percevoir des visages dans tout ce qui nous entoure : une prise électrique à l’air étonné, la face avant d’une voiture à l’allure sympathique, les formes aléatoires des nuages, les volutes de fumée, à peu près tout ce qui se compose de courbes et de lignes. (de nombreux autres exemples recensés ici)

 

 

 

 

N’est-il pas extraordinaire que même une telle concision stylistique, réduite à deux points et un trait au sein d’un rond, nous apparaisse à tous comme un visage ?

 

Extrait de l'Art Invisible de Scott Maccloud

 

La science nous explique que l’espèce humaine a développé cette capacité pour optimiser ses chances de survie à une époque où nous ne nous trouvions pas encore au sommet de la chaîne alimentaire. Le cerveau se devait d’identifier facilement tous prédateurs ou proies, quitte à transformer le moindre bout de bois en visage expressif.

 

 

L’effet diffère toutefois des illusions d’optique, qui trompent tout le monde de la même manière quand la paréidolie fait naître des images propres à chacun. En réalité, le phénomène s’enrichit de nos propres expériences et perceptions du monde. Hermann Rorschach s’est appuyé sur cette faculté pour ses fameux tests à base de taches d’encre où les patients sont censés décrire ce qu’ils y perçoivent, aidant ainsi les thérapeutes à en apprendre davantage sur leur personnalité.

 

 

 

En réalité, ce que les lambeaux de terre, les tartines grillées, les rondins de bois ou les fonds de cendrier dévoilent à l’humanité, ce n’est pas la face d’un dieu qui n’a, en principe, rien à faire là, mais son propre reflet. Et certainement aussi ses craintes et ses doutes...

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