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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Enjeux du siècle (2) – A quand une seconde conquête spatiale ?

Publié par Renaud Cadrot sur 20 Mars 2017, 17:19pm

Catégories : #Enjeux du siècle

En 2012, mourrait Neil Armstrong, le plus célèbre astronaute américain et premier homme à fouler le sol lunaire en 1969. Gene Cernan, moins connu que son prédécesseur, a lui la particularité d’être la dernière personne à avoir marché sur la Lune. Il est mort lui aussi en début d’année à l’âge de 72 ans. Entre 1959 et 1976, vingt missions américaines ou soviétiques ont envoyé robots et voyageurs alunir, avec plus ou moins de succès, et sur la courte liste des 12 personnes (tous des hommes d’origine américaine) qui ont effectué une sortie sur le satellite, la moitié ont depuis quitté le monde de manière cette fois définitive.

 

La dernière mission habitée s’est déroulé tandis que sur Terre Richard Nixon était toujours président des États-Unis, que la guerre froide demeurait une actualité brûlante et que la majeure partie de la population mondiale actuelle n’était pas encore née. Plus de quarante années se sont écoulées sans que le moindre être humain ne soit retourné sur le corps céleste qui nous est pourtant le plus proche et familier. La conquête spatiale, débutée avec l’envoi dans l’espace de Youri Gagarine, premier homme à se défaire de l’attraction terrestre en 1961, est pour beaucoup d’observateurs actuels une vaste fable racontée au peuple américain pour asseoir sa domination sur le monde à une époque où l’URSS lui contestait cette place. De nombreuses thèses complotistes circulent par ailleurs massivement sur internet, brandissant invariablement les mêmes pseudos preuves depuis des décennies (plus de détails ici).

 

En réalité, si l’exploration spatiale s’est abruptement stoppé au cours des années 70, c’est principalement en raison de la chute prodigieuse des coûts accordés à cette cause à la suite des dernières visites lunaires. Comme en témoignent clairement les graphiques qui suivent, les deux acteurs majoritaires (pour ne pas dire uniques) de la course à l’espace ont chacun réduis drastiquement les budgets consacrés à la NASA pour l’un et au Programme Spatial Russe pour l’autre. Cela s’explique par l’accalmie des relations entre les deux pays jusqu’alors ennemis à partir des années 80 puis de l’effondrement de l’URSS en 1991.

 

Nombre de lancements russes par an de 1987 à 2012 et budget alloué à la Nasa de 1962 à 2007

 

Alors que le XXIème siècle entame sa dix-septième année d’existence, toujours aucune expédition n’est à ce jour en préparation pour retourner sur la Lune ou même les planètes Mars et Vénus, nos plus proches voisines. Des projets se montent dans un enthousiasme certain puis dégringolent le plus souvent faute de moyens.

 

On peut dire que le passé nous avait préparé à mieux. Comme je l’évoquais dans le texte introduisant le blog, l’imminence du millénaire nouveau laissait entrevoir un espoir de renouveau, d’un progrès fulgurant qui se concrétiserait à la seule faveur du passage d’un mille neuf-cents quatre-vingts dix-neuf poussif à un an 2000 qui remettait les compteurs à zéro (les nombreuses récupérations du nombre 2000 par les marques pour se donner une constance futuriste durant cette période en sont la preuve la plus excessive). Mais les attentats, les crises financières, les redistributions géopolitiques, les catastrophes naturelles et industrielles ont finalement égratigné les dorures d’un espoir en toc.

 

A ce jour, la relance de la conquête spatiale1 est cependant possible mais dans des conditions forcément différentes de la première. D’une part le monde n’est plus divisible en deux ou trois blocs distincts, sous l’égide de deux nations antagonistes qui concourent à savoir laquelle est la plus puissante. Actuellement, quelques pays qui ont passé le siècle dernier à faire fructifier leurs économies sont à présent mûres pour développer à la fois leur soft power et leur élitisme technologique. La Chine qui a attendu l’an 2003 pour envoyer son premier compatriote dans l’espace, ambitionne aujourd’hui de mettre sa propre station spatiale en orbite d’ici 2020, après y avoir déjà propulsé deux prototypes avec succès. L’Inde, le Japon, l’Union Européenne ou encore l’Australie élaborent tous leurs propres programmes spatiaux, avec plus ou moins de réussite.

 

La plupart des missions spatiales effectuées depuis 1959. Source : http://www.journaldugeek.com/2016/03/14/infographie-toutes-les-missions-spatiales-depuis-1959/

 

D’autre part, partir à l’assaut des étoiles n’est plus un enjeu réservé aux seules autorités nationales. Plusieurs multinationales ont émis la volonté de diversifier leur activité en y ajoutant une section « spatiale ». Si la plupart rêvent de développer le tourisme de l’espace, à l’image de la société SpaceX qui vient d’annoncer l’envoi de deux touristes autour de la Lune à l’horizon 2018, d’autres rêvent carrément de prendre de cours tous les programmes gouvernementaux en étant les premiers à envoyer des Hommes sur la planète Mars, afin d’y planter un drapeau flanqué du logo de la marque. Les Néerlandais du projet controversé Mars One, se donnent pour objectif de conquérir la planète rouge d’ici dix ans. L’idée est d’y implanter une équipe de colons qui y résideront définitivement après un voyage sans retour.

 

Mars est la candidate idéale pour recevoir la première l’empreinte de l’homme après le satellite lunaire. Depuis longtemps elle inspire les scénaristes et auteurs de livres de science-fiction, la plupart des expéditions extraterrestres les plus marquantes de ces dernières années la concernent, entre les pérégrinations de Curiosity en 2012 et la découverte, en 2015, de trace d’eau sur son sol pourtant aride et a priori inapte à la vie. La NASA en tête projette depuis des décennies d’y envoyer une équipe de pionniers mais elle repousse l’échéance assez régulièrement face à l’ampleur financière de la tâche et de la difficulté technique et logistique que cela entraînerait. Rien que le voyage risque de durer des années ; la seule question du devenir d’un groupe de personnes enfermé durant un laps de temps aussi long exige une série d’expérimentations coûteuses en temps.

 

Ce qui finira probablement par décider un gouvernement ou une société milliardaire à franchir le pas c’est les possibles retombées financières d’une telle expédition, aussi ruineuse qu’elle apparaît. En effet, l’exigence technologique inhérente à tout voyage dans l’espace, pousse dans leur retranchement les développeurs chargés de mettre au point une expédition solide apte à réussir sa mission. En découle une abondance d’innovations qui n’auraient jamais vu le jour sans les nombreux obstacles que doivent contourner leurs créateurs sur le chemin du succès. Les matériaux, outils, processus mis au point sont repris dans les mois qui suivent par l’industrie numérique, le monde médical ou celui du bâtiment. Un exemple : la nécessité d’alléger autant que faire se peut les combinaisons des astronautes a donné naissance à des composites aujourd’hui réutilisés pour leur résistance aux chocs et à la chaleur que ce soit dans l’aéronautique, l’automobile ou la construction navale.

 

La plus valu n’est d’ailleurs pas seulement pécuniaire. La première organisation capable d’expédier une équipe surentraînée sur la surface d’une planète étrangère ne le fera certainement pas dans l’anonymat. Les télévisions du monde entier retransmettront l’événement considéré comme l’un des plus importants de notre siècle (soyons optimiste), des milliards d’être humain, unis dans le même espoir de réussite, regarderont en chœur l’instant fatidique, les marques du monde entier donneront des millions pour que leur nom y soit associé, pour que leur spot soit diffusé entre l’atterrissage et le premier pas posé sur le sol. Sans compter la persistance de l’actualité dans le temps ; une telle nouvelle fera la une durant des semaines, toute le monde continuera d’en parler sans cesse, l’écho d’une telle actu n’en finira pas de se perpétuer, engendrant toujours plus d’argent et de gloire pour les heureux investisseurs initiaux.

 

Vu d'artiste de ce à quoi pourrait ressembler le camp de Mars One

 

Le plus extraordinaire est que la concrétisation de ce projet ne fera qu’entrouvrir la porte du ciel à l’échelle de l’univers. Si à notre niveau, atteindre Mars relève de l’exploit majeur, la quantité de territoire qui reste encore à explorer dépasse les capacités de notre imagination. A ce jour, aucun homme n’est allé plus loin que la Lune, soit à à peine 400000 km de son berceau. L’humanité est aussi avancée dans sa de conquête spatiale que l’était Christophe Colomb sur le palier de sa porte par rapport à la Terra Incognita. En astronomie, l’oeil précédera toujours de quelques milliers d’années le corps. On constate depuis toujours la profusion stellaire qui s’agite au-dessus de nos têtes, à un horizon déjà extrêmement lointain. L’optique a permis au sortir de l’antiquité, de pousser le regard plus en profondeur dans l’espace et actuellement nous sommes en mesure d’étudier des objets célestes aux confins de l’univers.

 

Il y a quelques jours, la NASA a annoncé la mise en lumière d’un système solaire où pas moins de 7 planètes plutôt semblables à la Terre pourraient bénéficier de conditions propices à la vie. Ce système se trouve à « seulement » 40 années-lumière du nôtre. Alors que Mars est encore au stade de projet, la conquête de cette nouvelle terre inconnue semble elle aussi bien distante temporellement. Toutefois, l’avantage de l’humanité quant au ciel, à la différence des explorateurs d’autrefois, est que son horizon sera continuellement étendu. Ça veut simplement dire que si la conquête de l’espace n’est qu’à son aube, elle n’a pas fini de s’accomplir.

 

 

1 – Je parle bien d’une seule conquête spatiale car à mon sens, quelle que soit le pays, la coalition de nations ou la firme qui s’élancera à l’assaut des étoiles, il le fera nécessairement au nom de l’humanité entière.

Enjeux du siècle (2) – A quand une seconde conquête spatiale ?

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