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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Effets Secondaires (2) - Les lieux désertés au XXIème siècle (partie 1)

Publié par Renaud Cadrot sur 23 Février 2017, 15:42pm

Catégories : #Effets secondaires

Il y a actuellement environ 7,5 milliards d’humains qui peuplent la planète. C’est déjà un milliard de plus qu’en l’an 2000. La croissance démographique et les problématiques qui en découle seront aux centres des débats durant tout le siècle et probablement au-delà (un texte sur le sujet est justement en préparation). Et si le monde et plus particulièrement les villes grossissent d’un volume humain toujours plus important, certains endroits se sont subitement vidés de toute population au cours de ce siècle. Que ce soit pour des raisons écologiques, économiques ou climatiques, les lieux suivants représentent tous à leur échelle des aspirations passées détruites par les aléas de notre siècle.

 

Qu’ils soient des industries inaptes à franchir le cap du millénaire, des parcs devenus moins attractifs, des lieux de vies évacués à la hâte, des rêves architecturaux lézardés d’illusions perdues, tous les endroits cités par la suite sont aujourd’hui oubliés de l’homme et de sa course à la construction, laissés de côté, contournés par les routes alors qu’il y a pas vingt ans y circulait un flux animé et bruyant. Aujourd’hui, certains voient déjà leurs constituant les plus fragiles entamés, morcelés, puis progressivement éparpillés en un lit de poussière, les sols sont envahis d’herbes folles, désormais libres de se répandre partout, des lierres attaquent chaque paroi, les encerclent et les tirent vers le bas quand les plus solides piliers s’enfoncent doucement dans une terre vengeresse.

 

Le spectacle de ses lieux entretenus à la sueur de milliers de fronts qui finissent immanquablement par disparaître sous le poids de la nature retrouvée, dans les quelques années qui suivent sa désertion, rappelle à l’être humain combien tous ses ouvrages ont une durée de vie limitée et qu’à la moindre négligence, le plus infime brin d’herbe peut transpercer une chape de béton. L’exemple le plus connu du siècle dernier est bien évidemment le site de Tchernobyl, évacué de sa population sur des dizaines de kilomètres, à la suite de la fuite du réacteur principal en 1986. L’endroit autrefois recouvert du gris du ciment cher à l’homme, est 30 ans plus tard déjà réapproprié par la verte végétation malgré la toujours abondante irradiation des sols. Là où l’homme échoue, la nature y voit une aubaine.

 

  • Causes économiques :

 

Le XXIème revoie les plans de tous les acteurs mondiaux, inversant les influences, permettant à certains de s’extraire de la pauvreté tandis que d’autres y plongent du jour au lendemain. Un grand nombre de projets, entrepris à une époque prospère se sont vus abandonnés, parfois même avant leur terme, car le sens du vent a eu le temps de changer.

 

La crise mondiale de 2008 a également broyé les illusions de millions d’investisseurs, cette fois sans contre-partie. En 2010, le FMI estimait que 30 millions d’emplois avaient été détruits à la suite du séisme économique le plus violent depuis 1929. La planète en est restée durablement marquée, en témoigne les milliers de sites abandonnés, les usines vidées de tout espoir de profit, des parcs, des immeubles, des centres de vacances écrasés sous le poids de dettes monumentales.

 

Symbole de la crise aux États-Unis, Détroit fut décrit comme une ville fantôme dans les années qui ont suivi, même si aujourd’hui la vie tend à s’y réinstaller de nouveau. Le 18 juillet 2013, le gouverneur de l’état du Michigan, Rick Snyder, va jusqu’à déclarer la ville en situation de faillite, tant la crise a éliminé d’entreprises et de population. Ancien bastion renommé de l’industrie automobile, les richesses n’ont cessé de diminuer jusqu’au coup final provoqué par la banqueroute de Chrysler et General Motors en 2008.

 

Depuis, la ville est devenu un véritable parc d’attractions pour tous les photographes en quête de clichés saisissants. Le Silverdome, stade géant de 80000 places, complètement hors d’usage, les nombreuses habitations laissées à l’abandon par des familles trop endettées, des usines entières où seule la poussière est désormais produite en masse. Les photos qui suivent parlent d’elles-mêmes.

 

La crise a particulièrement sévi dans le domaine industriel. Rien qu’en France, 1500 usines ont fermé entre 2009 et 2014 pour seulement 1000 ouvertures. Du coup, les friches industrielles n’en finissent plus d’agonir un peu partout sur le territoire, la plupart étant vouées à se détériorer encore longtemps sur des terrains qui n’intéressent plus personne. D’autres sont vidées puis détruites dans les mois ou années qui suivent, disparaissant purement et simplement du paysage après des décennies d’’activité ininterrompues comme l’usine PSA d’Aulnay en 2014. 

 

Cependant, la crise n’est pas l’unique facteur de désertion de villes, d’usines ou de tout centre d’activités au 21ème siècle. Des entreprises parfois parmi les plus actives et populaires du déjà lointain 20ème siècle se sont fracassés après le cap du millénaire. Soit parce que inapte à s’adapter à un monde à vocation plus écologique comme le très polluant site de Metaleurop Nord, fermée en 2003. Ou encore d’autres sociétés, incapables de se renouveler ou d’anticiper les enjeux des années à venir comme la marque Kodak qui a snobé la révolution numérique.

 

Avant la crise, d’autres lieux ont connu des désastres économiques qui les ont vidé de toute animation humaine. Parmi les exemples les plus connus, la Grèce, qui s’est tiré une balle de plomb dans le pied en organisant les très coûteux Jeux Olympiques en 2004. Pour beaucoup d’observateurs le pays a entamé son déclin économique à la suite de ces jeux, quand une fois la flamme éteinte, se sont allumés tous les signaux d’alerte. La plupart des ruineuses installations sportives, qui n’auront servi que le temps d’un mois d’été, se verront abandonnés et rendus à la nature. Les piscines olympiques, stades, parcours divers complètement dégradés par une décennie entière n’ont aujourd’hui rien à envier à leurs prestigieux semblables antiques.

 

Dans le genre déserteur, enfin, la Chine n’est pas en reste. À la différence qu’elle peut se permettre d’échouer dans ses plans et de reconstruire ailleurs ce que la foule a évacué précédemment. Les exemples sont pléthores, à commencer par leur propre JO qui une fois achevé a contraint à la ruine la plupart de ses sites.

 

Comment ne pas parler aussi du parc d’attractions Wonderland, à Pékin. La construction a débuté en 1998 avec pour objectif de devenir le plus grand parc d’attractions du pays, s’inspirant largement de l’imaginaire de Disney, mais des querelles entre promoteurs et collectivités locales, ainsi que des problèmes financiers ont forcé les ouvriers à stopper l’avancée des travaux sans jamais les reprendre. Le parc ressemble aujourd’hui à un vaste enfer d’inachèvement, silencieux et macabre où seul le château central rappelle vaguement Disneyland si on l’observe de très loin…

 

Pire encore avec, pour finir, la ville de Kangbashi, à Ordos, cette fois dans la province autonome de Mongolie-Intérieure. Cette cité construite dans le désert à l’aube de l’an 2000 et qui était destinée à incarner un phare économique et stratégique au cœur de cette région plus calme que le reste du pays, est finalement devenue l’une des plus vastes villes fantôme du monde. Pourtant tous les ingrédients d’une mégapole sont réunis entre les immenses rues, les bâtiments flambant neufs, la quantité d’infrastructures sorties de terre dans le seul but de contenter la population. Justement celle-ci semble absente, ou tout juste présente, comme pour maintenir artificiellement en éveil toute la mécanique ralentie de la ville. Et ne croyez pas qu’il s’agit là d’un cas à part. En effet, des dizaines d’autres villes vides parsèment le territoire immense de la Chine malgré sa population milliardaire. La plupart ont été construite d’un bloc en prévision d’un afflux massif de migrants en provenance de régions plus reculées. Peut-être est-ce le seul cas de lieux ou l’abandon est un état permanent.

 

Dans une seconde partie à venir, nous découvrirons d’autres lieux abandonnés au cours de ce siècle à la suite de désastres naturels, climatiques, industriels ou de guerres destructrices. À suivre dans quelques semaines.

Effets Secondaires (2) - Les lieux désertés au XXIème siècle (partie 1)

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