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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Causalité (1) – Introduction à la causalité historique

Publié par Renaud Cadrot sur 6 Mars 2017, 16:06pm

Catégories : #Causalité

Un siècle n’est en définitive qu’un bloc de temps artificiel. Il n’y a aucune raison de croire que l’Histoire s’organise autour d’un cycle de dates qui n’ont de sens que pour nous autres Occidentaux quand des millions de Chinois ou de musulmans utilisent un calendrier qui leur est propre et que toute autre espèce animale vivant sur Terre se moque bien de savoir où placer une date sur une frise chronologique. Alors certes, les cycles solaires et lunaires imposent une mécanique du temps qu’il a fallu dompter de manière à organiser nos récoltes et nos rituels, mais nous pourrions nous considérer en l’an 584 ou 7721 plutôt qu’en 2017 que cela ne changerait rien à notre réalité la plus tangible.

 

Extrait d'un calendrier islamique équivalent à 2017

Interroger le monde à la seule limite des dix-sept années de notre siècle peut apparaître finalement assez vain. Le monde n’est pas rentré dans un nouveau cycle par le seul basculement d’un millénaire à un autre. Le 1er janvier 2000 n’avait pas grand-chose de plus à envier au 1er janvier 1999 si ce n’est une certaine élégance numérique. Pourtant on ne peut s’empêcher de séquencer les livres d’histoire au rythme des siècles et accorder aux dates une importance parfois plus marquée que leur contenu historique. À l’échelle de nos existences, il est assez aisé de se souvenir de l’afflux d’espérance folle que le passage au nouveau millénaire avait insufflé ne serait-ce que par son décompte entamé sur la tour Eiffel à mille jours de son avènement. L’an 1000 lui-même avait plongé l’Europe dans un désarroi hystérique quant à l’échéance apocalyptique qu’il insinuait.

 

Dans les faits, le 31 décembre 1999 fut assez semblable au 1er janvier 2000. L’histoire n’a même rien retenu de faits majeurs accomplis durant toute la première année du millénaire. Du point de vue des historiens, nous sommes rentré de plain-pied dans le siècle lors d’un jusqu’alors anonyme 11 septembre, quand à 8h46 du matin un Boeing s’est écrasé dans la tour nord du World Trade Center. Les livres scolaires retiendront cette date dans les décennies à venir et il est même très probable que nos arrière-petits-enfants introduiront toujours notre ère par cet événement comme nous-mêmes étudiions la Grande Guerre en guise d’ouverture du 20ème siècle.

 

À elles seules les dates ne signifient rien, elles ne sont que des balises lumineuses dans un océan de données temporelles indénombrables. Le 11 septembre 2001 n’est que le lendemain d’un 10 septembre en apparence tranquille alors que secrètement s’organisaient les hostilités à venir. Les événements sont les conséquences de causes elles-mêmes conséquentes d’autres circonstances et l’Histoire doit davantage être considérée comme une chaîne de causalité que comme une suite de dates et de périodes clés. C’est un livre sans fin où chaque numéro de page témoigne des dates parcourues.

 

L’objet de cette section sera justement d’analyser les séquelles d’aujourd’hui à la lumière des armes qui les ont produites. Tous les faits majeurs du siècle présent trouvent leur origine dans les aléas des temps qui l’ont précédé, de la même manière que tous les êtres humains actuellement en vie sur Terre sont l’énième génération des milliards d’autres qui y ont vécu depuis l’avènement de la race. Pas un homme, pas une structure, pas un état qui ne doit son existence à l’enchaînement inlassable des événements de la naissance de l’univers jusqu’à leur consécration. Un historien très bien documenté pourrait tout à fait retracer l’origine de toute chose en partant de maintenant jusqu’au Big Bang, dessinant les milliards de ramifications entrecroisées du quotidien pour atteindre son tronc commun.

 

En bref, il y a quelque 13,7 milliards d’années, notre univers surgissait du néant. Lors de ce que l’on appellera beaucoup plus tard le « Big Bang », l’univers, jusqu’alors contenu dans une entité de la taille d’une tête d’épingle extrêmement dense et chaude, s’expansa brutalement pour atteindre une envergure démesurée en un battement de cils. Toute la matière de l’univers s’organisa dans les milliards d’années qui suivirent, passant d’un état d’éparpillement généralisé à un ensemble de structures comprenant principalement des galaxies composées d’étoiles gazeuses et de corps solides. Parmi ceux-ci, la planète Terre entama sa formation au sein de son système solaire il y a environ 5 milliards d’années (je résume très grossièrement, pour plus de détails, cliquez ici). 

 

Le Big Bang résumé en un schéma

Personne ne peut certifier de quelle manière la vie est apparu sur notre planète, ce que l’on sait c’est qu’elle s’y est étendue à partir de 3,85 milliards d’années avant notre ère au fond des océans et sous une forme cellulaire d’abord rudimentaire. En quelques millions d’années, elle multiplia ses apparences, se diversifiant toujours plus abondement jusqu’à ce qu’un premier être finisse par s’extirper de son milieu marin naturel pour explorer la terre ferme. De nombreux cycles d’espèces animales vont dès lors se succéder sur la surface terrestre à compter de -360 millions d’années. Le règne des dinosaures commença à partir de -230 millions d’années et pour les 160 suivants. Plusieurs extinctions de masse éliminèrent des pans entiers de la diversité terrestre dont la plus virulente décima carrément tout le bestiaire dinosaurien il y a 65 millions d’années, laissant le champ libre aux mammifères de tous poils, puis aux premiers primates.

 

On trouve trace de nos plus anciens ancêtres autour de 7 millions d’années avant notre ère. Il s’agit de primates encore assez éloignés de l’humain que nous sommes aujourd’hui, bien que déjà aptes à se tenir sur leurs jambes arrière. Plusieurs espèces de primates vont cohabiter ensemble durant des millénaires, des australopithèques jusqu’à l’Homo Sapiens final, unique espèce à avoir survécu jusqu’à ce jour. Apparue en Afrique il y a seulement 200000 ans, celle-ci va peu à peu étendre sa descendance au-delà des frontières actuelles du continent, puis même sur les terres américaines, en passant probablement par le détroit de Béring, jusqu’alors non immergé.

 

L’homme moderne dompte peu à peu le feu, la faune et la flore au travers de l’agriculture et de la domestication, il se sédentarise puis ne cesse d’inventer toujours plus d’outils participant à son évolution comme la roue ou l’écriture. Quelques millénaires avant nous, le voilà qui construit déjà des édifices encore visibles aujourd’hui pour célébrer ses divinités. Très rapidement, il est pris d’une soif de découvertes et de conquêtes qui le poussent à étendre son territoire, voire à envahir celui des autres, particulièrement s’il est riche en matières premières et métaux rares. Des civilisations entières s’établissent, envoient des armées en soumettre d’autres, développent leurs connaissances et leurs sciences avant de s’effondrer le plus souvent minées par des querelles internes et des soucis de trésorerie.

 

Avec le temps, des rôles s’imposent. Des provinces puissantes, devenues états, en asservissent d’autres. Particulièrement en Europe, on envoie des navires gigantesques à la conquête de Terra Incognita et de richesses nouvelles. Plus tard, certaines régions seront même vidées de leur population, envoyée ailleurs pour un travail forcé. On vit à une époque où le concept de race unique est encore bien loin des préoccupations humaines. Plus tard encore, les conquêtes terrestres vont provoquer des heurts entre riches propriétaires. Des conflits toujours plus lourds en équipements et en masse humaine vont secouer la planète çà et là, jusqu’à finalement concerner un maximum de monde par deux fois. Il faudra que l’on témoigne de notre capacité à rayer deux villes en un claquement de doigt pour que se mettent en place des structures aptes à réguler les pulsions belliqueuses des acteurs les plus puissants de la Terre.

 

Toute notre histoire depuis l’origine la plus lointaine que l’on connaisse s’est écoulée jusqu’à ce jour avec le résultat que nous vivons actuellement. Il est assez déstabilisant de penser qu’une unique variation des données initiales a abouti à un résultat bien différent que celui qui nous est familier. Un déplacement de virgule dans les composantes initiales de l’univers et toute la matière s’éteint en un instant sans jamais accoucher de galaxie ou de monde. Une légère hausse de température ou juste un peu moins d’oxygène sur la surface de la Terre et la vie devient impossible. Une météorite qui dévie de sa route, ne percutant jamais le sol et les tyrannosaures dominent toujours la faune mondiale jusqu’à notre ère. De la même manière qu’un infime grain de sable peut enrayer toute une mécanique pourtant bien huilée, notre existence ne tient qu’à un juste équilibre de tout ce qui nous précède.

 

Les attentats les plus marquants du siècle, les crises économiques, les révolutions salutaires, les réussites les plus spectaculaires sont tous des dominos qui s’abattent les uns derrière les autres, à la fois fatalement instables et soumis à la force de l’Histoire mais dont la chute n’est qu’éventuelle car dépendant de facteurs environnementaux et contextuels aussi nombreux qu’oscillants. Lors de prochains textes, nous tâcherons de comprendre toutes les causes historiques parfois non corrélées qui ont abouti à provoquer un événement marquant dans notre siècle, mais aussi ce qui aurait pu se passer de différent à la seule faveur de données initialement modifiées.

 

Rendez-vous le mois prochain.

Causalité (1) – Introduction à la causalité historique

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