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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Possibilités (2) – Janvier 2017

Publié par Renaud Cadrot sur 6 Février 2017, 14:58pm

Catégories : #Possibilités

Pour écrire le précédent « Possibilités », en juin 2014, j’avais dégagé trois faits d’actualités datant de ce mois-là, puis avais imaginé trois scénarios mettant en scène les possibles répercussions de ces événements à des termes d’un mois, trois ans et 100 ans. Cette fois-ci, je retiendrais deux faits d’actualités prétextes à un unique texte les unifiant : le premier est la nouvelle épidémie de grippe aviaire qui s’abat en France sur les élevages de canard1, et la seconde, une étude, largement relayée par les réseaux sociaux, qui tente d’évaluer en combien de temps une contagion du type Walking Dead éradiquerait l’espèce humaine (si une telle chose était possible)2. Le texte qui suit n’a donc aucune valeur informative, ni prospective (comme tous les textes de la série Possibilités), je l’ai écrit dans l’unique but de divertir ou pousser à la réflexion en imaginant une possible épidémie à l’échelle planétaire.

 

  • Cause : Épidémie de grippe aviaire en France

  • Terme : 2025

  • Hypothèse : Faible

  • Possibilité :

 

La salle se remplit presque aussi vite qu’elle se vide. D’un côté, une interminable file d’ambulances, de camions de pompiers, de véhicules médicaux en tous genres se pressent devant les larges entrées du bâtiment tandis que derrière, à l’abri des regards, on évacue les corps par groupes de dix.

 

Je suis parfaitement inutile pour toutes ces personnes malades.

 

Je m’efforce de tenir mon rôle, donner des soins, suivre les consignes internationales recommandées par l’organisation mondiale de la santé mais les gens continuent de mourir sans discontinuer. Lorsqu’ils arrivent ici, la plupart d’entre eux sont déjà promis à une mort certaine. Cet hôpital de fortune, monté à la hâte dans le gymnase du lycée, est en réalité une décharge où on empile les êtres humains trop contaminés, afin de les éloigner de ceux qui ne le sont pas encore.

 

Les pauvres… S’ils savaient qu’ils sont tous condamné à rejoindre cet endroit tôt ou tard… Rien ne pourra échapper à l’épidémie qui se répand à toute vitesse au-dehors, légère comme le vent, puissante comme si on avait remplacé l’atmosphère par le plus insidieux gaz toxique jamais créé. Elle rentre partout, s’immisce par le dessous des portes closes, se joue des grilles calfeutrées, même la plupart des masques bon marché sont traversés sans peine. La moindre inspiration attire toute sa cohorte empoisonnée et perverti irrémédiablement le système respiratoire jusqu’à l’empêcher de fonctionner. Le seul moyen d’échapper au souffle mortel qui s’est emparé du monde est probablement de rester reclus au fond d’un abri souterrain, armé d’un masque efficace et d’une bonne réserve de boîtes de conserve. Car il faudra y rester longtemps, jusqu’à ce qu’à l’extérieur plus rien ne soit assez vivace pour transmettre le moindre microbe.

 

Personne n’avait envisagé une telle violence virale, une telle capacité de prolifération. Lorsque les premiers cas sont apparus en Europe de l’Est, il s’agissait de volailles entassées dans d’immenses volières insalubres, au fin fond de la Roumanie. La situation était similaire aux autres nombreux cas de grippes aviaires qui se déclenchent çà et là. Les autorités sanitaires ont été réactives, plusieurs milliers de poules ont été éliminé dans une zone assez large pour ne pas prendre de risques. Mais très vite d’autres propriétaires d’élevages ont constaté un taux de mortalité excessif parmi leurs volailles. Elles semblaient diffuser la mort au moindre battement d’ailes. On passa au stade suivant en brûlant les poules et leurs contenants sans scrupules. Les exploitants tentaient de s’y opposer mais l’enjeu dépassait largement leur seule entreprise.

 

L’épidémie a continué à accroître sa zone de contagion, envahissant bientôt le pays entier. Bientôt les investisseurs se retiraient du marché roumain, plongeant le pays dans une crise économique aussi soudaine que dramatique. Malheureusement, le pire ne s’était pas encore manifesté. Une seconde vague endémique atteignit cette fois l’Homme en personne. Le patient zéro demeure encore introuvable mais on estime que le foyer de contagion s’est implanté à quelques kilomètres prêts de l’élevage initial. Une centaine de personnes sur toute la planète et dans toute l’histoire récente de l’humanité ont contracté une forme évoluée de la grippe aviaire mais pas tous en même temps, ni au même endroit. Cette fois-ci, on comptait un millier de cas dès la première semaine. Des gens ont attrapé le virus avant de prendre l’avion, puis massivement éternué dans l’appareil avant d’en sortir déjà fiévreux et souffrant après avoir contaminé tout le monde à bord.

 

Au bout de la deuxième semaine, tous les pays européens étaient infectés à plus ou moins grande échelle. Sur tous les continents, erraient au moins une dizaine de malades qui posaient leurs mains partout et expiraient un air nocif à chaque seconde. Lorsque les plus hautes institutions médicales du monde ont pris conscience de l’ampleur destructrice de ce virus inconnu, une centaine de milliers de personnes étaient voués à mourir et une dizaine de milliers d’autres l’étaient déjà. Depuis, on s’acharne vraisemblablement en haut lieu pour trouver un vaccin apte à éradiquer le monstre viral qui se déchaîne sur l’espérance de vie humaine.

 

En attendant, je m’active en vain dans ce mouroir désespérant.

 

Je me souviens que lorsque j’étais étudiante en fac de médecine, on nous avait préparés à l’éventualité d’une épidémie mondiale, plus par précaution que par véritable crainte qu’une telle chose se produise au cours de nos existences. Mais mêmes tous les cours de préventions les plus extrémistes ne prédisaient pas un cataclysme infectieux aussi brutal. Tout au plus étions-nous disposés à faire face à une marée humaine de malades potentiellement contagieux, juste le temps que les autorités compétentes trouvent une solution quelconque. Les codes rouges sont conçus pour durée un temps, pas une éternité.

 

Pourtant à cet instant, moi et mes congénères travaillons sans discontinuer depuis des journées entières. Personne ne peut prendre le relais. Le moindre quidam vaguement compétent en matière de premier soin et en état de travailler se joint à nous pourvu qu’il nous reste suffisamment de masques et de gants pour le protéger. La plupart d’entre nous ont perdu un ou plusieurs proches, peut-être même que l’un d’entre eux est le dernier survivant de son réseau social. Moi-même je n’ai plus reçu de nouvelles ni de ma famille ni de mes amis depuis beaucoup trop d’heures pour que je ne m’en inquiète. Une quadragénaire, probablement mère de famille me jette un dernier regard avant d’échapper elle aussi à la vacuité de mes soins. J’aimerais passer un coup de téléphone mais je suis déjà passé sur le prochain patient.

 

Les heures passent sans que le cycle arrivé-soin-évacuation ne faiblisse un instant. Je sens dans mon dos que la nuit englobe le bâtiment et je ne sais pas encore quand je pourrais dormir. Ma hiérarchie est absente, vraisemblablement très occupée elle aussi par sa multitude de malades qui inondent l’hôpital en ville. Sur le côté je devine la silhouette de ma plus proche partenaire. Elle aussi utilise ses dernières forces à retarder l’inévitable. Je me demande si nous allons pas mourir d’épuisement une fois que les ultimes victimes auront disparu derrière la porte du fond, officialisant ainsi la fin complète de l’humanité.

 

Soudain, une main se pose dans mon dos. Je sursaute, j’ai l’impression d’être sortie de mon corps alors que je songeais à tout ça. Je prends alors conscience que mon dernier patient est mort. Je me retourne pour en trouver un autre mais seul le regard de ma collègue se présente à mes yeux. Elle s’est allongé dans un des rares lits vacants, son teint est livide. Alors que son masque est encore en position sur son visage, je devine qu’elle est tombée malade elle aussi. Je ne comprends pas comment une telle chose a pu se produire. Elle retire son masque devenu inutile et me souffle qu’il faut m’enfuir. Je me retourne pour voir si d’autres soignants sont dans le même cas puis prend conscience que plus la moindre personne n’est encore debout.

 

Les bruits d’agitation qui accompagnait ma routine depuis tout à l’heure ne sont plus composé que de plaintes et de cris d’une désormais complète assemblée de malades. Je devine au détour des centaines de lits, tous mes collègues allongés et suffocants à leur tour sans que personne avant mon amie n’ait eu le temps de m’avertir. À l’entrée, de nombreux corps jonchent le sol, ils n’ont pas eu le temps d’être évacués. L’entrée enfin est bouchée par un amoncellement de corps agonisants.

 

Je m’arrête un instant de respirer.

 

En reprenant mon souffle, je ne peux m’empêcher de tousser.

 

 

1 - http://www.sudouest.fr/2017/01/18/grippe-aviaire-c-est-bien-le-systeme-d-elevage-a-echelle-industrielle-qui-est-fautif-3116198-4344.php

 

2 - http://www.sciencesetavenir.fr/sante/combien-de-temps-les-zombies-mettraient-ils-a-exterminer-l-humanite_109694

Possibilités (2) – Janvier 2017

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