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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Mots du siècle (2) - Apocalypse

Publié par Renaud Cadrot sur 19 Janvier 2017, 17:53pm

Catégories : #Mots du siècle

  • APOCALYPSE, nom féminin (latin ecclésiastique apocalypsis, du grec apokalupsis, révélation divine).

1. Genre littéraire du judaïsme des IIème et Ier siècle avant J.-C. et du christianisme primitif traitant sous une forme conventionnelle et symbolique de la destinée du monde et du peuple de Dieu.

2. Catastrophe effrayante qui évoque la fin du monde : S'acheminer vers une apocalypse nucléaire.

 

Souvenez-vous, le 21 décembre 2012, nous réchappions à une fin du monde pourtant annoncé comme inéluctable par une sombre prophétie maya. D’après l’historien Luc Mary, il s’agissait de la 183ème apocalypse prédite par la littérature prophétique mondiale1. Sans compter les innombrables présages recensés sur le web, évalués comme preuves incontestables d’une prochaine colère divine, nuée de sauterelle, météorite destructrice ou fin des temps, de l’espace et des haricots.

 

La première évocation reconnue de l’apocalypse provient de l’ancien testament. Elle est suggérée par Ézéchiel et Daniel, entre autre, dans le sens de « révélation ». Elle prendra le nom du dernier livre du nouveau testament, écrit par Jean en 95 après J.-C., rapportant ce que ce dernier lui a révélé, à savoir la prochaine délivrance du peuple de Dieu.
 

Le concept d’apocalypse sera repris et exprimé de différentes manières aux travers des écritures juives ou chrétiennes, et ce durant des siècles. Avec le temps, son sens initial s’est travesti, incarnant d’avantage aujourd’hui l’idée de fin du monde, de cataclysme dantesque, représentation dramatique et terrifiante plus à même de stimuler l’inspiration de milliers d’auteurs.
 

Depuis le début du siècle, l’imaginaire apocalyptique et post-apocalyptique ne cesse de multiplier les œuvres au cinéma, à la télévision, dans la littérature et même les jeux vidéo, particulièrement en Occident, des États-Unis à la Corée du Sud, en passant par nos vertes contrées. Qu’elle soit incarnée par une invasion zombiesque, un astéroïde inévitable ou un invraisemblable concours de circonstance, l’apocalypse n’est plus prétexte à surenchère d’effets spéciaux et d’icônes américaines comme le produisait le cinéma des années 90 (Armageddon, Deep Impact, Independance Day,…). A présent, la fin du monde s’efface en arrière plan et c’est sur l’humain et la situation qu’elle engendre que la caméra se focalise.
 

En effet, de nombreux artistes ont compris que l’imminence de la fin des temps pouvait enfanter autre chose que cris de panique et morceaux de bravoure. Situations humoristiques dans This is the end, ultimes romances mélancoliques dans Jusqu’à ce que la mort nous sépare ou Les derniers jours du monde, critiques écologiques dans Phénomènes, drames ambiguës dans Take Shelter, ou encore allégories plus ou moins fines dans Melancholia et Kaboom, bien qu’il demeure quelques manies du siècle dernier entre Le jour d’après, Prédiction ou l’inénarrable 2012.

 

 

Mais apocalypse n’est pas nécessairement fin de l’humanité, car plus encore que le désastre provoqué par un cataclysme, le devenir de ceux qui restent révèle un champ des possibles imaginaire à perte de vue. Les créations post-apocalyptiques sont probablement d’avantage abondantes et sous différentes formes dans les années 2000, 2010 et, au vu des projets à venir, jusqu’en 2020 au moins.

 

Plutôt dystopiques, qu’utopiques, ces œuvres dépeignent des mondes futuristes qui portent en eux les séquelles irréversibles d’une catastrophe sans commune mesure historique et dont l’humanité survivante doit apprendre à reconstruire ce qui peut l’être ou, pire, survivre malgré la persistance de ce qui est responsable de la situation initiale. Le cinéma américain foisonne une fois encore de ce type de films durant ce siècle : La route, La cinquième vague, Pacific Rim, Les fils de l’homme, 28 jours plus tard, Je suis une légende, naviguant toujours entre blockbusters et introspections humaines. Ailleurs on peut citer Origine pour le Japon, Snowpiercer et Train for Busan pour la Corée du Sud, par exemple. Mais ces deux pays s’expriment bien plus au travers de la production de manga : d’Akira dans les années 90 jusqu’à Dead Dead Demon aujourd’hui.
 

La Bande-Dessinée et les comics, justement, ne sont pas avares en œuvres post-apocalyptiques, comme en témoignent The Walking Dead ou Y, the last man aux USA, Seuls, Entre les ombres, La belle mort, Après l’homme, en Europe. Les jeux vidéo, les séries TV, même la musique s’imprègnent de l’ambiance particulière de ces mondes chaotiques : Fallout, Portal, pour les jeux, The Leftovers, The 100, The last man on earth, pour les séries,…
 

La hype autour de la fin du monde ne sort pas de nulle part. Si dans les années 70 et 80, l’industrie du cinéma, du livre et de la bande dessinée produisaient pléthore de scénarios à base de rencontre du troisième type, c’était principalement en réaction de la jeune conquête spatiale mais aussi de la peur de l’altérité, incarnée par la Russie et la Chine.

 

Les années 2000 sont nées dans la catastrophe et l’urgence alors que la fin du dernier siècle avait laisser entrevoir une paix durable. Puis les rumeurs, les menaces se sont multipliées, finissant par se matérialiser en emmenant avec elle son tribut humain et matériel. Menaces terroristes, frappant soudainement et implacablement, n’importe où, n’importe qui et en tout temps, menaces écologiques et naturelles, les unes provoquant souvent les autres, s’abattant sur des pans entiers de population au travers de séisme et de tsunamis dévastateurs, menaces nucléaires, menaces de pollutions définitives, menaces de banqueroute, menaces de troisième guerre, de conflits qui s’enveniment, avec toutes ses voix toujours plus nombreuses à se quereller, menaces d’invasion, de substitution, menaces de désastre sanitaire, biologique, biochimique, démographique, etc, etc, etc.

 

Comment, dès lors, ne pas croire en l’imminence d’une catastrophe à l’échelle planétaire ? Le nombre et l’ampleur des événements récents, grossis par le nombre encore plus impressionnant et impressionnable de médias, échangés, discutés, analysés, déformés, voire manipulés à des fins de propagandes ont fait naître un climat anxiogène, qui s’auto-alimente sans cesse de sa peur. Combien de livres, d’émissions, de reportages s’alarment, parfois à raison, souvent à sensation, et participent à accroître l’hystérie collective quand prendre le recul nécessaire et anticiper les solutions serait salutaire ?
 

Exemples de pages internet prédisant une fin prochaine

La fin du monde, à fortiori de l’homme, est envisageable depuis que l’on est en capacité de couler un pays entier depuis l’opposé de la sphère terrestre. La Connaissance dispose de tout un arsenal de destruction potentielle, sans compter les spasmes terrestres imprévisibles, les aléas des mouvements interstellaires et d’éventuels extraterrestres voisins belliqueux. Une équipe scientifique en mal de sensation a d’ailleurs établi une liste très sérieuse des risques auxquels fait face l’humanité : http://www.slate.fr/story/98253/douze-scenarios-fin-du-monde
 

Au delà de l’aspect réalisable de l’apocalypse, on peut s’interroger sur la fascination qu’elle semble provoquer chez tout un chacun. En effet, si les films s’accumulent c’est aussi parce que les salles s’emplissent de spectateurs avides de cataclysmes à chaque nouvelle sortie. Est-ce en réponse à une espérance masochiste, un manque d’adrénaline ou un simple désir de changement, amplifié par une incarnation destructrice ?
 

En ce qui me concerne l’apocalypse me captive autant par sa dimension émotionnelle que pour les possibilités qu’elle permet une fois passée, l’aubaine d’une page nouvelle où le changement s’impose, où une autre voie doit être emprunté pour perdurer. Mais probablement est-ce mon caractère révolutionnaire qui s’exprime...

 

1- http://www.slate.fr/monde/66269/fins-monde-rechappe

     

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