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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Effets Secondaires (1) – Vins européens et réchauffement climatique

Publié par Renaud Cadrot sur 30 Janvier 2017, 14:49pm

Catégories : #Effets secondaires

Au-delà de l’empreinte qu’ils impriment dans la mémoire collective, les principaux événements du siècle n’en finissent pas de se répercuter dans le temps, participant encore à l’actualité d’aujourd’hui comme de demain. Chaque révolution, chaque innovation, chaque perturbation, qu’elles s’accomplissent à l’échelle mondiale ou d’une petite collectivité, finissent irrémédiablement par provoquer des bouleversements définitifs qui impactent sur tout le monde, à différents niveaux. Le but de cette rubrique sera de rendre compte de tout ce que la grande Histoire engendre d’effets secondaires, néfastes comme bénéfiques.

 

Le réchauffement climatique est déjà en soi une répercussion de la frénésie humaine sur toute la surface de la planète depuis le premier âge industriel. On comprend depuis déjà quelques décennies les dégâts qu’occasionne notre niveau de vie sur l’écosystème, nous ne reviendrons pas dessus dans cet article. Toutefois, ce même réchauffement influence à son tour le déroulement de l’évolution humaine en perturbant le climat sur l’ensemble du globe, comme un juste retour des choses.

 

Selon les prévisions les plus alarmistes, une hausse de la température supérieure de 2° d’ici à 2050, pourrait entraîner un flot de conséquences tous moins enviables les unes que les autres et n’épargnant personne, du citadin new-yorkais au villageois tchadien. Voici un petit florilège des réjouissances à venir : Disparition d’îles entières gobées par la montée des eaux, celles-ci inondant également tous les littoraux du monde, parmi lesquels Miami, Tokyo, Singapour ou encore Amsterdam. Explosion des records de chaleur : en août il fera 40° sur Paris en moyenne. Ces perturbations vont entraîner davantage d’inondations, donc, mais aussi de périodes de sécheresse. Les typhons et cyclones vont également se multiplier poussant sur les routes des centaines de millions de réfugiés climatiques. Les récoltes, gâchées par une météo imprévisible vont se réduire et affamer des pays entiers. L’allongement de la saison chaude va permettre une propagation des maladies transmises par les moustiques. Une espèce animale sur six, incapable de s’adapter, va disparaître à tout jamais de la surface de la terre, amoindrissant la diversité et perturbant encore plus le fragile équilibre de la biosphère.

 

En attendant ce futur radieux, des changements s’effectuent déjà dans notre quotidien. Ceux-ci sont plus discrets car ils demandent quelques années pour se développer et entrer dans les habitudes de ceux qui y sont confrontés. L’un d’eux démontre bien comment le réchauffement climatique peut à la fois appauvrir une population comme représenter une chance pour une autre : la culture du vin en Europe.

 

La nature du vin, son goût, sa couleur, sa robe, sa qualité sont déterminés par la variété du raisin utilisé, mais aussi par de nombreux facteurs comme la composition des sols sur lesquels poussent les vignes, leurs inclinaisons et mais aussi la durée d’exposition au soleil ou aux pluies. L’exigence du terroir nécessite que tous ces ingrédients ne varient pas trop d’année en année, afin que le vin conserve sa marque de fabrique, malgré les variations du caractère. Si les guides de vin promettent au vacancier de passage à Sancerre « un vin corsé et charpenté, dont les arômes se développent lentement », il doit en être ainsi en 2005 comme en 2010.

 

Mais le réchauffement climatique en action déplace progressivement le curseur viticole depuis les régions bordant la Méditerranée jusqu’aux provinces anglo-saxonnes et scandinaves. D’ici 2050, il faudra peut-être dire adieu aux vins de Toscane, d’Andalousie, de Bordeaux, de Provence ou de Rhône-Alpes selon les prévisions les plus pessimistes quand on pourra saluer l’apparition de jeunes vignobles en Belgique, aux Pays-Bas, en Suède, voire en Pologne ou en Russie, avec l’espoir d’une qualité au moins égale aux précédents. Les terres de Loire ou de Bourgogne devront revoir leur répertoire des saveurs puisque leurs goûts évolueront irrémédiablement. Les cartes suivantes exposent des tendances plus modérées entre l’année 2010 et la période 2040-2070, bien que confirmant la poussée septentrionale à venir.

 

En Angleterre, des investisseurs ont d’ores et déjà acheté des parcelles désormais fertiles, anticipant les mouvements futurs. On produit du vin depuis 2008 dans le Sussex, à la Rathfinny Wine Estate et on prévoit de planter 70 hectares de vignes aux 72 déjà existant d’ici 2020, afin d’en faire le plus grand vignoble du royaume. En Grande Bretagne, la production de vin a augmenté de 150 % en dix ans. Les différents domaines qui fleurissent depuis le début du siècle séduisent la clientèle britannique, multiplient les récompenses et commencent à conquérir d’autres nez et palais, partout dans le monde.

 

En revanche, en France, les modes de production vont devoir s’adapter assez rapidement. Si le climat se réchauffe de manière significative, les viticulteurs n’auront pas d’autres choix que de revoir leurs techniques, leurs outils, voire même abandonner des hectares de terrains devenus inaptes à engendrer un raisin de qualité pour s’installer dans des secteurs réputés plus frais ou ombragés. Des découvertes déterminantes dans le secteur agricole pourront également permettre d’extirper de la terre des vignes irréductibles, au détriment, peut-être, d’une qualité et d’une quantité aussi fastes qu’en des temps plus insouciants.

 

Le rayonnement mondial dont jouis la France depuis des siècles en matière de vin va peut-être s’assombrir à mesure que d’autres pays gagneront de précieux rayons de soleil supplémentaires pour le surpasser. Il n’est pas improbable que la culture du vin se déplace avec la montée générale de la température et qu’en Méditerranée on finisse par planter dans les terres autre chose que des vignes et des oliviers.

 

Quoi qu’il en soit, si la planète se réchauffe au point qu’on ne puisse plus boire un verre frais de Côte-Rotie, nous aurons peut-être d’autres problèmes plus ardents à régler.

Effets Secondaires (1) – Vins européens et réchauffement climatique
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