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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Acteurs du siècle (1) – Le Kirghizistan

Publié par Renaud Cadrot sur 23 Janvier 2017, 18:00pm

Catégories : #Acteurs du siècle

Au regard de nos journaux d’information, la planète se limite le plus souvent à la même sélection de pays : le nôtre, évidemment, mais aussi nos voisins limitrophes, pour la plupart acteurs majeurs de l’union européenne, les États-Unis, première puissance mondiale et culturelle, la Russie, le Japon, la Chine, l’Inde ou encore le Brésil, moteurs économiques décisifs de la mondialisation, l’extrême orient pour son instabilité chronique, encore une poignée de pays en guerre ou en crise,…

 

Parfois, l’actualité se permet quelques virées exotiques vers des provinces au patrimoine et aux paysages luxuriants, des escapades merveilleuses dans des recoins du monde que l’on reconnaît instantanément tant ils ont inspiré des milliers de romans d’aventures. Le programme s’attarde aussi sur les exemples scandinaves à la moindre réforme nationale, sur les indéboulonnables dictatures qui n’en finissent plus de choquer, ou encore sur les replis de la carte où la planète s’emporte régulièrement.

 

Mais il est des états dont on entend jamais parler, qui donnent l’illusion que jamais rien ne s’y produit, perdus et oubliés qu’ils sont, coincés entre dix autres pays similaires, à des endroits où on jurerait n’y trouver que des plaines et des rochers. Pourtant ces lieux sont pleins d’une humanité qui foisonne et bouillonne comme partout ailleurs. Et plusieurs d’entre eux ont activement participé à la déjà dense histoire du 21ème siècle, quand bien même elle s’est écrite loin du regard des spectateurs. C’est le cas du Kirghizistan.

 

Le Kirghizistan est un pays d’Asie Centrale, entièrement enclavé par quatre autres nations que sont la Chine, Le Kazakhstan, L’Ouzbékistan et le Tadjikistan. Aucune de ses frontières ne bordent donc la mer. Il s’agit d’un territoire particulièrement montagneux puisque la chaîne de Tian Shan le traverse de part en part. Il est, de plus, naturellement divisé en deux portions par des pics de 2700m altitudes en moyenne. Sa capitale Bichkek culmine quant-à elle à 800m d’altitude, sur un vaste plateau. Le pays recense 6 millions d’habitants répartis sur une superficie de 200000m², soit une densité de population relativement faible dont résulte une domination quasi totale de la nature. Son drapeau est composé d’un soleil jaune sur fond rouge, auréolé de 40 rayons, représentant les 40 tribus kirghizes, et griffé de six lignes qui s’entrecroisent, rappelant le toit des yourtes traditionnelles, habitats toujours en usage pour la part de la population qui a conservé sa culture nomade.

 

Le pays partage avec sa région une riche histoire, puisque sa situation géographique le place sur le tracée de presque toutes les armées des plus importants empires des deux derniers millénaires. D’abord l’empire hellénistique d’Alexandre le Grand en -300, puis l’empire du Kouchan au premier siècle après J.-C., viendront ensuite les sassanides, les Huns d’Attila, encore les sassanides, les ouïghours, les mongols de Gengis Khan sur une période de 1200 ans. Puis des peuplades musulmanes viendront islamisé le secteur que les timurides de Timur Lang envahiront au XIVème siècle. Enfin, le peuple nomade kirghize, d’origine turco-mongol, s’implantera sur les terres actuelles de Kirghizistan autour de 1450.

 

La région va intensifier ses relations avec l’empire russe jusqu’à son absorption totale en 1876. C’est sous la bannière de l’URSS que les frontières du Kirghizistan et de ses pays voisins vont être découpées, puis rebaptisées Républiques socialistes soviétiques en 1924. Finalement, le pays obtiendra son indépendance en 1991, en même temps qu’une quinzaine d’autres à la chute de l’empire soviétique. Malheureusement, comme c’est le cas pour de nombreux jeunes pays, tout juste autonomes, les habits neufs de la liberté retrouvées rétrécissent rapidement et étouffent bientôt le peuple de sa propre emprise.

 

Le Vingt-et-unième siècle commence avec le même président qu’en 1991, quand le pays déclarait son indépendance, à savoir Askar Akaïev. Il sera toujours chef d’état en 2002 quand des mouvements contestataires provoqueront 6 morts parmi les participants. Ce sera le premier ministre qui en paiera les conséquences avec son éviction puisqu’il aura lui-même commandité la répression contre le peuple. En 2003, le président mènera une réforme constitutionnelle qui aboutira, entre autre, à transformer le parlement bicaméral en unicaméral…

 

En 2005, les kirghizes retournent dans la rue pour protester contre les résultats des dernières élections législatives, faisant suite à une suspicion de fraude soulevée par l’OSCE1. En date du 24 mars, 15000 manifestants siègent devant la résidence présidentielle, toujours occupée par Akaïev, et réclament sa démission. Celui-ci prendra la fuite au Kazakhstan d’abord, puis trouvera refuge en Russie, protégé par Vladimir Poutine.

 

Ce mouvement s’inscrit dans la dynamique de la « Révolution des fleurs », série de mouvements populaires en Géorgie, Ukraine, Liban et Biélorussie entre 2003 et 2005 et qui ont abouti pour la plupart à une embellie démocratique. La tulipe est devenu l’emblème de la contestation en Kirghizistan, mais malgré la mise en place d’un gouvernement intérimaire et la promesse d’élections rapides et justes, la fleur flétrit inévitablement.

 

Un nouveau président, Kourmanbek Bakiev, est élu la même année. Il constitue un nouveau gouvernement et promet de mettre en place les mesures constitutionnelles réclamées durant la révolution des tulipes. Pourtant, dès 2006, le climat se détériore encore. L’opposition demande une révision de la constitution pour amoindrir les pouvoirs du président, accusé de despotisme. Ce dernier négocie mais fini par accepter, et la mesure est voté. Plus tard, il profite d’une période de trouble politique pour faire voter une loi qui annule une partie des dispositions précédentes… Entre 2006 et 2010, Bakiev ruse pour maintenir ses soutiens au pouvoir, participe à accroître la corruption et on le soupçonne fortement d’être derrière l’assassinat de plusieurs opposants et journalistes durant cette même période.

 

Fatalement, en 2010, le peuple remet ça. Mais cette fois la répression est plus sanglante : le 7 avril 2010, on dénombre 75 morts et plus de 500 blessés parmi les manifestants. L’état impose un couvre-feu et des opposants sont arrêtés. Toutefois, la révolte ne faiblis pas et les contestataires forme déjà leur propre gouvernement. Bientôt les USA, ayant une base militaire implanté dans le pays, décident de s’en mêler et finalement, Bakiev suit le tracé de son prédécesseur sur la route de l’exil au 16 avril 2010.

 

Après de nouvelles élections, Almazbek Atambaev est élu président en 2011.

 

Bien que l’histoire du Kirghizistan s’écrit loin des gesticulations du monde occidentale, elle n’en demeure pas moins riche et symbolique en ce début de siècle. La jeune nation a célébré l’an dernier sa 25ème année d’autonomie, comme les états voisins. Et de toute la région de l’Asie centrale, elle est probablement la seule qui peut se vanter de toucher du doigt l’idéal démocratique quand l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et surtout le Kazakhstan restent soumis à une domination dictatoriale, que certains ont même toujours connus.

 

Sa couronne de montagnes infranchissables et ses maigres ressources minières la préserve des nombreuses querelles extérieures à ses frontières et la culture plusieurs fois centenaire de son peuple nomade, bien que longtemps évacuée du paysage par l’empire soviétique, reprend sa juste place depuis l’indépendance. Les rares grandes villes sont pleine d’un peuple toujours prêt à en découdre pour garantir ses droits tandis que dans les immenses espaces presque intactes du reste du pays, les clans nomades et leurs milliers de chevaux sublimes jouissent d’une liberté territoriale que même de nombreux occidentaux pourraient leur envier.

 

Toutefois, l’actualité kirghize menace de produire encore quelques remous dans le tissu social, puisque son dirigeant, bien que moins corrompus que ses prédécesseur laisse transparaître quelques vieux réflexes autoritaires, comme en témoigne l’emprisonnement à vie de l’opposant Azimjan Askarov, coupable d’avoir dénoncé des violations des droits humains commises par la police et l’administration pénitentiaire dans le sud du Kirghizistan. Et si le pays figure à une honnête 85ème place sur 180 au classement de la liberté de la presse publié en 2016 par Reporter sans frontières (soit devant la Grèce, la Tunisie, Israël ou le Brésil, entre autre), une amélioration des libertés individuelles de la population passera probablement par d’autres mouvements citoyens durant les années à venir...

 

 

1- OSCE : Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe. L’OSCE est la seule organisation européenne à vocation généraliste accueillant la totalité des États du continent européen, ainsi que ceux qui n'en sont pas, mais qui sont nés de la dissolution de l’Union soviétique. Elle offre ainsi à l’Europe et à des pays contigus, dans le Caucase ou en Asie centrale, la possibilité de maintenir un dialogue politique permanent. Au-delà de cette zone, des pays non européens, comme les États-Unis et le Canada, en sont membres, et d'autres, comme l'Australie et la Thaïlande, ont un statut d'États partenaires. (source : Wikipédia)

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