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CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE

CHRONIQUES DU XXIème SIÈCLE


Introduction - De la difficulté de prévoir l'avenir

Publié par Renaud Cadrot sur 18 Mai 2014, 11:40am

Catégories : #Éditorial

A l’aube du XXème siècle, William Thomson, alias Lord Kelvin1, physicien émérite, est un homme comblé. Il déclare ceci : « Il n'y a plus rien à découvrir en physique aujourd'hui, tout ce qui reste est d'améliorer la précision des mesures». En effet, lui et ses confrères, peaufinent leur science paisiblement, avec la certitude d’y apposer un point final. Dans le même ordre d’idée, le délégué au bureau fédéral des brevets américain, le moins illustre Charles H. Duell, fera une prédiction similaire. Lors d’un congrès, il affirme que « tout ce qui devait être inventé, l’a été ». Pour sa défense, les derniers brevets déposés à l’époque étaient d’une telle médiocrité que l’on pouvait croire que le temps de l’innovation était révolu. Toujours à cette même époque, se tenait à Paris, l’exposition universelle. Pour l’occasion, on érigea une tour de fer de près de 320 mètres de haut afin de prouver au monde l’excellence technique française. Durant sa construction, de nombreux intellectuels dénoncèrent le caractère dénaturant d’une telle construction, lançant même une pétition pour en annuler son achèvement. Quand bien même elle fut montée, elle devait, à terme, disparaitre du paysage parisien… Pendant l’exposition, on demanda également à quelques dessinateurs professionnels de dépeindre le monde tel qu’il l’imaginait cent ans plus tard, en l’an 2000. Une centaines de ces images, reproduites sous forme de cartes postales, ont résisté au temps. On peut y voir, entre autre, des hommes circulant dans les airs grâce à de petits avions personnels, des pompiers volant, au sens propre, au secours de la veuve et de l’orphelin, des machines sophistiquées, usant de la mécanique à vapeur pour se coiffer, se poudrer le nez ou tourner les pages d’un livre, des ménagères paisibles, contrôlant leur robot laborieux qui passe le balai à leur place,… Tout ceci, dans un contexte et un décor en tout point similaire à celui de 1900. Comme si l’esthétique du début du XXème siècle était immuable, que les hommes galants continueraient à se rendre au barbier tandis que leurs épouses resteraient sagement à la maison, à recoudre leur robe du dimanche pour l’éternité.

     

Exemple de carte postale "futuriste" datant de 1900

Puis, en 1905, un scientifique marginal du nom d’Albert Einstein, publie un article d’une trentaine de pages dans une revue scientifique. En bref, il y développe une théorie qui remet purement et simplement en question tout l’édifice de la science physique et révolutionne notre conception de l’espace et du temps. Dans le même temps, des concepts tels que le fordisme, alliés à l’avènement de l’électricité et des avancés chimiques, permettent un renouveau de l’outillage humain. Une guerre mal anticipé (une fois encore) plonge le monde entier dans un bain de sang sans pareil, l’économie mondiale s’écroule, annonçant une autre guerre, puis la mainmise de deux visions du monde. S’ensuivirent chocs pétrolier, conquête spatiale, luttes de territoires, inventions déterminantes du nucléaire, de la télévision, du transistor, de l’aviation, découvertes grandioses de la tectoniques des plaques, du Big Bang ou de l’ADN, évolution des mœurs, décolonisation, libération de la femme, mouvances nombreuses engendrant rock and roll ou mouvement hippie. Puis un mur tombe, presque cent ans plus tard et, de nouveau, on croit toucher du doigt la fin de l’Histoire.

1999. La tour Eiffel, toujours fringante et visitée comme jamais, affiche le Grand compte à rebours avant l’an 2000. Partout dans le monde catholique, on se prépare à cet évènement unique. La seule crainte, à l’heure de basculer dans le nouveau millénaire, est qu’un bug mondial paralyse la belle mécanique informatique. Hormis cela, la tendance est plutôt à l’optimisme. L’humanité s’extirpe du siècle le plus meurtrier de son histoire. Hissée sur les bases de ses institutions mondiales, l’avenir s’annonce radieux. Tout le monde s’accorde à construire une paix durable. Bien que la planète demeure secouée, çà et là, de quelques querelles, ce ne sont que les ultimes spasmes d’un centenaire agonisant. Dix années se sont écoulées depuis la chute du mur de Berlin. L’URSS est tombée, laissant un leadership légitime au Etats-Unis, nouveaux rois du monde. La fin de l’apartheid en Afrique du Sud sonne la fin de la mésentente entre deux cultures. Internet va s’imposer et unir les hommes en direct. Une tempête en Europe balaye un peu la joie ambiante mais 10,9,8,7,6,5,4,3,2,1 et le monde célèbre le XXIème siècle.  

La tour eiffel lors du passage en l'an 2000

Pas de bug, pas de panique généralisée, à peine quelques heurts et tout le monde souffle. L’avenir, comme un siècle auparavant, s’annonce radieux. Puis deux tours s’effondrent. Echec.

Personne n’a vu arriver les attentats du 11 septembre 2001. A l’époque, la tendance était même plutôt au relâchement quant aux menaces terroristes. Les évènements qui en ont découlé (guerre en Afghanistan et en Irak, en tête) n’étaient pas plus prévisibles. Quelques voix éparses ont émis la possibilité d’une crise financière, d’un problème écologique et de possible mouvements révolutionnaires dans le monde arabe mais soit elles n’ont pas eu le temps d’être efficacement entendues, soit on a préféré faire la sourde oreille. L’Histoire humaine a subie de nombreuses attaques surprises, ce qu’est le monde en 2014 est loin de ce qu’on imaginait qu’il serait en l’an 2000.

Il existe différentes sciences, plus ou moins sérieuses, de la prospective. Celles-ci tâchent d’anticiper le futur du monde à plus ou moins longues échéances. L’idée étant d’éviter certains scénarios catastrophiques pour notre avenir. Certains mouvements de l’univers sont très faciles à déterminer, du fait qu’ils répondent directement à des lois immuables de la physique. On sait, par exemple, quand se produira la prochaine éclipse solaire ou à quelle distance de la Terre passera telle ou telle comète. Plus difficile est la science de la météorologie, puisque pour savoir s’il risque de pleuvoir demain à Paris, il faut prendre en compte bien plus de données fluctuantes. Il y a une théorie, qui a été largement vulgarisé par le principe de l’effet papillon, appelé : Théorie du chaos. Elle dit, en substance, que dans un système prenant en compte de nombreux facteurs déterministes, plus on tentera de prédire les mouvements de ce système dans le temps, plus on a de chance que la prédiction soit faussé par de légère variations en provenances des facteurs.

Pour faire simple, imaginez une table de billard sans trous, avec juste un bouton centrale (voir image ci-dessous). Si vous tapez dans une boule, celle-ci va tracer un chemin, percutant les bornes selon la puissance et la manière dont vous l’avez tapé initialement. Imaginez maintenant que, en replaçant la boule à l’exact endroit où elle était au début, vous frappiez la boule dans une direction à peine différente que la première fois. La boule va prendre presque le même chemin que dans le premier cas, mais plus elle va rouler, plus son cheminement va en différer. C’est cela la théorie du chaos, une légère variance dans les facteurs initiaux vont perturber une prédiction dans le temps. C’est pourquoi il est si dur de se projeter loin, même si on possède nombre de facteurs déterminants.

Là, les sciences probabilistes peuvent prendre le relais. Un bulletin météorologique prévoyant de la pluie à Marseille dans 10 jours, exprime en fait une grande probabilité de pluie par rapport à de la neige ou un grand soleil. La probabilité est notamment utilisée en économie (pour la spéculation boursière par exemple). La science des statistiques est aussi un bon indicateur de prédiction. On s’en sert pour connaitre les attentes des consommateurs ou les intentions de vote avant une élection. Enfin, l’étude et l’écoute de la Terre peuvent aider à percevoir une menace d’origine naturelle, pourvu que le coin du monde concerné soit équipé (ce qui n’était pas le cas des côtes indiennes lors du tsunami de 2004).

Toutefois, la complexité du monde, regroupant 7 milliards d’individu ayant chacun leur libre arbitre, les fluctuations de la nature ou de l’économie, les mouvements chaotiques de milliards de milliards de particules, empêchent toute possibilité de prévoir l’avenir du monde, même dans quelques secondes. Quelques phénomènes annonciateurs, s’ils sont immédiatement perçu et décrypter comme tels, peuvent permettre l’anticipation d’un problème majeur mais le rêve d’un déterminisme absolu n’est pas accessible intellectuellement et technologiquement.

De plus, les moyens de communications ayant gagné en vitesse et en amplitude, les progrès accomplis accélérant proportionnellement le processus historique, donne l’impression d’une densité et d’une diversité de l’information toujours plus grande. Avec Internet, un incident tel que celui de Fukushima a, de suite, été relayé à l’échelle planétaire, donnant à l’essentiel de la population mondiale la possibilité d’en suivre les évènements en direct. Jamais le monde n’avait été à ce point informé de la moindre parcelle d’Histoire qui s’écrit sous ses yeux. Cette accélération de la vie, réduit un peu plus à néant la possibilité d’une prévision historique. La planète serait constitué de village éparses, sans lien les uns avec les autres, peut-être serait-il permis d’anticiper quelques grands mouvements, mais le monde est aujourd’hui interconnecté, un incident en Chine peut avoir aussitôt des répercussions à l’opposé du globe.

Nous vivons une époque incertaine, où tout peut se faire et se défaire à une vitesse folle. Nous n’avons pas conscience des hommes forts, des tendances et des évènements de demain. Cela laisse la place à la pire des possibilités, mais aussi à la meilleure. La majorité du peuple humain semble persuadé que nous courrons vers un désastre écologique et démographique, c’est une hypothèse envisageable. En 1900, un monde tranquille imaginait la fin de l’histoire en roue libre, juste ponctué d’un confort plus important. En 2014, un monde tiraillé de trop de catastrophe à tout à croire que la fin de l’histoire sera cataclysmique. Mais si je vous demandais d’imaginer le monde tel qu’il le sera en 2100 et que vous me répondiez, la probabilité la plus forte est que vous soyez loin de la réalité.

 

1 – Lord Kelvin, n’a pas été qu’un mauvais visionnaire, il a, entre autre, établis la température minimal de l’univers : -273°. Cette température sera rebaptisé le zéro Kelvin, le zéro absolu.

Vue d'artiste de Paris en 2100

Vue d'artiste de Paris en 2100

Commenter cet article

seb 18/05/2014 15:03

Jules verne, leonard de vinci...

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